Où l’on découvre que tout le monde peut devenir auteur, mieux, expert, et qu’il y a tout intérêt à vérifier la source.

Prendre en Charge le TDAH en Classe : Le guide de l’éducateur sur les stratégies d’enseignement efficaces, les interventions comportementales et les approches collaboratives. Tout un programme

Tout commence avec ce livre.

Comme on peut le voir, un titre pompeux, une couverture qui fait globalement pro. Je me suis laissé tenter. En effet, la problématique des TDAH, on l’a déjà abordée ici, c’est compliqué. Pour rappel, le TDAH c’est le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Dans une salle de classe, ça vous donne un enfant monté sur ressort, qui ne tient pas en place et qui vous coupe tout le temps la parole. Pour être honnête avec vous, je n’ai lu que la moitié du « livre » et je n’irai pas plus loin, c’est totalement surréaliste.

L’auteure propose des stratégies complètement délirantes, et j’ai presque envie de dire dangereuses. Le livre ferait plaisir à certains inspecteurs face à l’engagement attendu par le livre. Dangereux parce qu’accorder un temps supplémentaire de récré pour les élèves qui ont fait des progrès, c’est créer de l’inégalité entre les enfants. Et c’est bien sûr dangereux, car qui surveille ? Avoir un lien permanent avec les parents, notamment par messagerie instantanée ou téléphone. Laisser la place au mouvement, l’enfant peut par exemple vous mimer une séance d’histoire s’il n’est pas à l’aise à l’écrit.

La quantité de travail induite par une différenciation qui n’est pas réaliste m’a fortement interpellé. J’ai eu envie d’aller voir plus loin.

À la source, le mystère Katie Wright

Comme je viens de l’écrire, le contenu interpelle. Pas que… Il y a énormément de répétitions dans le livre et quand je dis répétition, je veux dire que les mêmes idées reviennent de façon récurrente dans le livre. L’ensemble donne quelque chose de décousu. De là à dire que c’est un livre qui a été écrit par une IA, il n’y a qu’un pas que je ne franchis pas. Néanmoins, quand on voit que le livre a été écrit en plusieurs langues, on peut se dire que le traducteur est passé par là.

Katie Wright, un nom qui sonne forcément anglo-saxon. Dans le livre, il n’y a aucune référence à l’auteure qui pourrait conforter le lecteur dans l’expertise. C’est un problème de fond avec la source. En effet, qu’est-ce qui me permet de savoir que ce que je lis est crédible. Quand bien même Katie Wright serait experte en son domaine, dans son pays qui n’est pas la France, difficile de transposer chez nous. Une petite recherche permet de trouver ce site, et sans certitude, elle serait à l’origine de nombreuses nouvelles.

Il ne s’agit pas de dire qu’un expert dans un domaine ne peut pas écrire de romans. Toutefois, les auteurs ont tendance à choisir leur camp. Comprenez que Marc Levy n’écrit pas sur la mécanique quantique. En fouillant davantage sur le net avec ADHD qui est la traduction anglaise de TDAH, on arrive à un profil Twitter. Je n’ai bien sûr aucune garantie qu’il s’agit bien de la même personne. Cependant, elle évoque le TDAH, l’autisme et accessoirement, c’est une antivax convaincue.

Méfiez-vous de la source, même de moi !

« Mon enquête » est quand même bancale. Il est tout à fait possible que l’auteure du livre, des autres livres et le compte Twitter soient trois personnes différentes. Il serait effectivement tentant d’imaginer qu’une personne convaincue que les vaccins donnent l’autisme soient à l’origine du livre. Cela nous ferait une belle histoire à raconter.

Toutefois, sans tomber dans cet excès que je viens de vous décrire, on peut tout de même se limiter à quelques points.

  • Le livre est auto-édité chez Amazon. Je pense qu’aujourd’hui, vous pouvez faire paraître n’importe quoi et qu’il n’y a aucun contrôle. Sans dénigrer les gens qui s’auto-éditent, je pense que sur des sujets techniques, il vaut mieux regarder ailleurs.
  • Dans le livre, rien ne vient appuyer la crédibilité de l’auteure. Aucune bio, pas de référence à d’autres ouvrages.
  • Enfin, les informations sur l’auteure sont difficiles à trouver. Si vous faites une recherche sur moi, après avoir vu un article sur Pythagore, vous pouvez vérifier que je suis prof de maths. Même si ce n’est pas une garantie 🙂

Sans tomber dans la paranoïa, il est fondamental face à toute publication de s’interroger, de vérifier si on a un doute. Il ne s’agit pas de tout remettre en question, mais d’approfondir, de vérifier éventuellement si on est interpellé par un propos. Le livre en question n’aura pas fait beaucoup de dégâts chez moi qui enseigne depuis plus de 20 ans et qui sait ce qu’est un TDAH. Un enseignant débutant, déjà que le métier n’est pas très attractif, pose sa démission après quarante pages.

Effectivement, c’est positif, on peut désormais se faire éditer sans validation. Toutefois, je trouve qu’on entre dans les problématiques classiques. Trop d’ouvrages, pas de vérification de l’information et la difficulté de visibilité pour ceux qui ont vraiment quelque chose d’intéressant à dire.

One Comment

  1. Petite anecdote : les commentaires Amazon, maintenant, je m’en méfie… quand ils sont positifs.
    Par contre, quand ils sont négatifs, ça permet vite de faire le ménage.
    On notera qu’en 2024, où l’AI règnerait en maître, c’est toujours foireux à ce niveau.

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