Il n’est pas évident d’écrire ce type d’article quand on a l’expérience de ce type d’article. La distribution Linux, c’est comme l’équipe de France, tout le monde a un avis dessus. Moralité, c’est dans ce genre de circonstances qu’on se retrouve avec quarante commentaires expliquant pourquoi telle distribution est la meilleure. Il n’y a pas de meilleure distribution, il y a celle qu’on a choisie d’utiliser pour les raisons qu’on a choisies.

Mais ça, ce type de raisonnement, on peut se le permettre quand on a un peu de bouteille, quand on a fait du « distro hopping » et qu’on a réussi à définir son besoin. Seulement, il faut bien commencer un jour et je pense qu’il y a quelques erreurs qu’il ne faut commettre pour ne pas s’écœurer. Linux est en train de faire son petit bonhomme de chemin en ce moment, avec des parts de marché qu’on estime entre cinq et six pourcents. Bien sûr, c’est dérisoire face à l’univers de Microsoft, mais pour qui connaît l’histoire de Linux, on n’espérait pas les deux pourcents il y a quelques années. La fin de Windows 10 pousse les gens à réfléchir s’ils le veulent, je pense surtout que Steam est l’acteur majeur de cette bascule, je peux jouer désormais à Elden Ring de manière aussi qualitative que sous Windows.

Il y a quelque temps, j’ai écrit à propos de la fin de Windows 10, pourquoi je ne conseillerai pas Linux. C’est un article qu’il faut prendre à double sens. Bien sûr, je conseille Linux, quand on voit la masse d’ordinateurs qui vont partir à la poubelle à cause de Microsoft, on ne peut que conseiller l’utilisation de Linux pour stopper cette obsolescence programmée. Toutefois, je prends du recul dans ma posture, je ne proposerai pas Linux à quelqu’un qui ne me le demande pas.

Linux, c’est exactement pareil que quelqu’un qui prend son vélo plutôt que sa voiture. Linux, c’est identique à quitter les réseaux sociaux pour passer dans le fediverse. Linux, c’est résoudre une partie du problème en lien avec la souveraineté, l’écologie, la déconsommation, une autre manière de voir le monde. Linux, c’est un chemin, c’est un chemin que chacun est libre de prendre et j’ai bien compris que jeter les gens sur le chemin n’avait pas de sens.

Un problème de choix

Même si le schéma n’est pas lisible, j’ai fait le choix de le mettre, car il permet d’imaginer la masse de distributions Linux. Sur la gauche, toutes les distributions, sur la droite, les distributions issues de la distribution Debian. Cet article étant destiné au grand public, on m’excusera de la très grosse vulgarisation, les experts auront les yeux qui saignent, mais pas dans les commentaires. Quand on parle de Linux, on pense à un système d’exploitation comme Windows, mais c’est une erreur. Linux, c’est un noyau, une pièce centrale à laquelle on va rajouter des briques. Un choix spécifique de briques donne ce qu’on appelle une distribution Linux comme Linux Mint, Ubuntu, Fedora ou Manjaro. La grande majorité des distributions Linux visent à remplacer Windows ou MacOS, toutefois il existe des distributions spécifiques pour réaliser des serveurs.

Il faut comprendre que la notion de brique est profonde. Quand vous avez Windows 10 vous avez un visuel donné, pour Windows 11 il a changé. C’est un choix de Microsoft qui vous est imposé. Sur Linux, le choix de votre « bureau » c’est aussi un assemblage de briques. Vous pouvez donc avoir une « présentation » façon Cinnamon, KDE, Gnome ou Xfce. On ne s’étonnera pas dès lors de la multiplication des distributions Linux. Par exemple la distribution Ubuntu se décline en Kubuntu avec le K pour KDE, Xubuntu avec le X pour Xfce.

On peut voir une grande richesse dans ce très grand nombre de distributions, en pratique ce n’est pas vraiment exact. Oui, il y a du choix, oui, il y en a pour tous les goûts. Mais parallèlement, les forces se dispersent et de nombreuses distributions Linux finissent par ne plus être maintenues. C’est un problème de fond dans les distributions Linux, prendre un petit projet, c’est prendre le risque de le voir abandonné.

Principe des paquets de base

Si vous avez tout suivi. Vous avez une pléthore de distributions Linux qui sont basées sur un noyau et dont les briques d’assemblage sont différentes. Comment ça se passe quand on veut rajouter une brique supplémentaire. Dans le système Windows, quand vous voulez installer un programme, vous allez sur une page internet, vous téléchargez et vous installez le programme. Sur le papier, c’est facile, dans les faits, c’est une faille de sécurité béante que vous offrez à des pirates. Il se pose en effet le problème de la source du paquet. Si je veux télécharger par exemple LibreOffice, je peux par exemple le télécharger sur cette page

Pourtant, il ne s’agit pas de la page officielle qui est https://fr.libreoffice.org/. Qu’est-ce qui me garantit que le lien fourni ci-dessus qui n’a rien d’officiel, n’est pas un virus ? Rien. Linux est donc basé sur un système de paquets officiels, il est en effet complexe de télécharger en dehors de ces paquets. C’est un système dont s’est inspiré le Play store de Google ou l’Apple store, avec toutefois une grosse différence. Ici, l’ensemble des paquets est vérifié quand Google valide n’importe quel type de programmes dont des logiciels qui peuvent siphonner vos données personnelles. Le système de paquets de Linux garantit la sécurité du système.

Et c’est ici que se pose le problème de compatibilité des paquets entre les différentes versions de Linux. Par exemple, en haut, j’ai mis les distributions issues de Debian. Toutes les distributions Linux basées sur Debian sont construites avec des paquets deb. Parallèlement à cela il existe d’autres distributions comme OpenSuse ou encore la française Mandriva. Ces distributions sont basées sur des briques en rpm. Bien sûr, les deb et les rpm, c’est comme les Duplo et les Lego, ça ne se mélange pas. Et cela va même au-delà. Par exemple, Ubuntu, l’une des distributions les plus connues de l’univers Linux s’appuie sur Debian, mais sur une version instable. Cela veut dire que potentiellement un paquet deb Ubuntu n’est pas compatible avec une Debian stable, car le paquet Ubuntu est trop récent.

On comprend que pour les développeurs, le travail est complexe. S’il veut toucher le plus de distributions possibles, il est forcé de livrer son programme dans de très nombreuses versions. La segmentation des systèmes induit une complexité. Forcément la facilité de Windows, même si la contrepartie, c’est le manque de sécurité a fini par faire son chemin.

Les paquets universels : Snap, Flatpak et AppImage

Reprenons encore. On a vu qu’on a un système particulièrement riche, trop riche. De nombreuses distributions, de nombreux environnements de bureau et des paquets différents qui ne sont pas forcément compatibles entre les distributions. On aurait pu imaginer un paquet universel interopérable entre les distributions mais ce n’est malheureusement pas le cas, ils sont au nombre de trois, même si on va dire plutôt deux. Pour les considérations techniques, je vous renvoie vers ces deux articles : Paquets AppImage, Snap et Flatpak : quels avantages, inconvénients et différences ? et AppImage, FlatPak et Snap – Systèmes de virtualisation d’Applications pour GNU/Linux

On va éliminer l’AppImage qui est le moins répandu et qui a un système à la Windows donc peu sécuritaire sur le principe. L’AppImage se télécharge sur n’importe quel page internet et il peut être exécuté directement sur l’ordinateur. Il est peu répandu, mais il a le mérite d’exister pour certaines applications. Les deux grands concurrents sont Snap qui a été développé par Canonical la société qui gère Ubuntu et Flatpak par les gens qui gèrent Gnome. Comme pour le store Apple ou Android, vous avez vos programmes que vous pouvez télécharger depuis un store d’applications avec une validation qui a été réalisée.

Dans la capture précédente, il est intéressant de voir que le logiciel Gimp peut être installé de deux manières différentes, soit en utilisant le paquet système, ici du deb, ou en installant le flatpak. Quel intérêt me direz-vous ? On a compris qu’en passant d’une distribution à une autre, on a de grosses différences. Une de plus, le cycle de la distribution. Lorsque vous êtes sous Windows, vous allez recevoir de grosses mises à jour à intervalles réguliers. Sur Linux les choses sont différentes. Vous avez des distributions qui sont mises à jour de façon quotidienne, les rolling release et d’autres qui sont mises à jour tous les six mois ou parfois plus. Seules les mises à jour de sécurité sont régulières, mais pas les nouvelles versions des logiciels. Dans mon exemple précédent, avec ma distribution qui est mise à jour sur de longs intervalles, la version Flatpak est plus récente que la version système. Le système de paquet universel est donc une manière d’avoir des logiciels dans la version la plus récente.

Alors forcément la question qui brûle les lèvres, c’est pourquoi ne pas tout passer en paquet Snap ou Flatpak. C’est ce que fait Ubuntu avec Snap mais il y a un problème de fond. Les paquets universels donnent des logiciels qui sont plus lourds, il faut une machine plus puissante pour avoir un fonctionnement optimal. Alors que durant des années Ubuntu a été la reine des distributions Linux en apportant une véritable accessibilité à un univers qui était difficile, la distribution par son choix de passer tout en Snap a généré pas mal de mécontentements. On voit d’ailleurs qu’une bonne partie des distributions, y compris des distributions qui s’appuient sur Ubuntu ont fait le choix de retirer Snap au profit de Flatpak.

De très jolies distributions aux pieds d’argile

Parmi les très nombreuses distributions proposées, il y en a de très jolies qui existent depuis des années, mais qui présentent malheureusement des fragilités. Pop! OS par exemple est un fork de Ubuntu qui fait un choix que je trouve pertinent : un seul environnement de bureau. C’est un critère qui est important pour ma part, car cela laisse supposer un investissement plus conséquent qu’une division entre plusieurs gestionnaires de fenêtres comme on a pu l’expliquer plus haut dans le cas de Xubuntu, Kubuntu etc. Il s’agit d’une distribution qui a la particularité d’être développée par des professionnels et pas par une communauté. En effet, la société System76 est une société de prestation informatique qui dans ses activités vend des ordinateurs. Elle livre ses machines sous Pop! OS, elle a donc tout intérêt à proposer la meilleure des expériences pour des appareils qui sont loin d’être gratuits

Le bureau Cosmic développé spécialement pour la distribution est joli et fonctionnel. Toutefois, c’est aussi un frein au développement. En effet, c’est une distribution que j’ai abandonnée quand j’ai vu que les développeurs n’avaient pas le temps de changer de version pour suivre le rythme d’Ubuntu, car ils préféraient mettre leurs efforts dans le bureau. Avec la notion de petit projet vient la problématique des équipes réduites, mais aussi des communautés d’entraide moins importantes. Concrètement si vous avez un souci, vous aurez bien plus de chance de trouver de l’aide dans la communauté Debian ou Manjaro que pour Pop!OS

Dans la même veine, ElementaryOS. Il s’agit d’une distribution qui lorsqu’elle est sortie avait pour vocation de s’inspirer de MacOS. On notera ici le dock central qui rappelle aujourd’hui Mac, mais aussi Windows. La distribution est très jolie, fonctionnelle, mais il est arrivé aussi d’avoir des retards dans le développement. Encore une petite équipe.

Je pourrais aisément recommander ces distributions à des utilisateurs qui n’ont pas de difficulté dans l’installation de Linux. Toutefois, pour des utilisateurs débutants, démarrer avec ces distributions, c’est prendre un jour le risque d’un abandon de projet. Pour illustrer mon propos, mon beau-père est sous Xubuntu depuis plus de dix ans. Il faut savoir qu’en dix ans, je n’ai jamais réinstallé la machine qui s’est contentée de suivre les sorties tous les six mois. Plus fort encore, j’ai changé trois fois d’appareil, je suis passé du disque dur au SSD, mais l’installation est restée la même. J’ai simplement déplacé le disque. En ayant misé sur une valeur sûre, je n’ai pas eu besoin d’intervenir depuis des années sauf quand mon beau-père n’a pas fait les mises à jour. Imaginez une installation pour plusieurs dizaines de personnes avec une distribution qui s’arrête, c’est autant de postes qu’il faudra reprendre. Autant miser dès le départ sur le bon cheval. Aucun projet n’est éternel, mais force est tout de même de constater que certains sont plus solides que d’autres.

Attention aux imitations

Afin de faire réaliser une transition en douceur aux usagers de Windows, certains ont trouvé comme grande idée de faire un environnement totalement similaire à celui de Windows. Je peux tout à fait comprendre le concept, il y a des années, j’avais un collègue qui avait changé sur les postes des enseignants les icônes de la suite LibreOffice avec les icônes de Microsoft Office. Les gens pensaient lancer Word, ils se retrouvaient sur Writer, personne ne voyait la différence. Partant de ce postulat, on a vu des distributions comme Windowsfx qui copient l’environnement Windows. Dernièrement, on parle aussi de AnduinOS que je n’ai pas testée et que je ne testerai pas.

Je ne suis pas favorable à ce style de distributions pour plusieurs raisons. La première c’est ce qu’on a vu plus haut, il s’agit de projets émergents, sans base solide. Le second point c’est qu’on prend quand même les utilisateurs pour des imbéciles. Il s’agit d’une simple customisation visuelle, mais dans les faits les logiciels utilisés restent les mêmes, on ne trouvera donc pas Photoshop par exemple. Les gens aujourd’hui utilisent des interfaces variées, tablettes, smartphones, ordinateurs qui peuvent être avec des OS totalement différents. Les bureaux Linux ressemblent majoritairement à des bureaux Windows type Windows 10 si bien que c’est même moins déstabilisant qu’un passage à Windows 11.

Et puis il y a un dernier argument qui me gêne notamment dans le cas de Windowsfx. On a une version payante à 35 dollars qui permet d’avoir des fonctionnalités supplémentaires

Ce qui me pose un problème ce n’est pas forcément de payer, mais de payer pour avoir ce que fait Windows en moins bien. Une licence Windows peut être trouvée à tarif dérisoire dans le marché gris, et pour faire du Windows, autant avoir Windows. Comme je l’ai écrit, Linux est un chemin, essayer de copier Windows quoiqu’il en coûte n’est certainement pas la meilleure des idées pour se libérer du système d’exploitation de Microsoft.

Des distributions Linux pour tout faire

Il faut bien comprendre que Linux s’inscrit dans des démarches de souveraineté, d’alternative aux GAFAM et de lutte contre l’obsolescence programmée. Il n’est donc pas étonnant de voir apparaître des projets solidaires comme Emmabuntüs la contraction entre Emmaüs et Ubuntu. Le projet voit le jour en 2011, c’est un projet qui part d’une communauté Emmaüs et qui vise à la réhabilitation des ordinateurs. Les ordinateurs sont donc remis en état par les compagnons et installés avec la distribution pour être revendus ou redistribués.

La base au départ était Ubuntu, un passage à Debian a eu lieu. On peut supposer que c’est pour des raisons de légèreté. Ubuntu est en effet plus gourmande en ressources que Debian, une distribution plus légère permet de faire fonctionner plus d’ordinateurs. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, rien de bien exceptionnel, si ce n’est la présence d’un « dock » qui facilite l’utilisation pour les débutants.

La vraie particularité de la distribution, c’est d’être prévue pour être déconnectée de l’internet. Ce qui nous amène à l’autre « partie » d’Emmabuntüs. Des liens forts sont tissés entre la distribution Linux et ceux qui la font avec des acteurs du territoire africain. Il faut alors comprendre les problématiques de territoire. Le continent n’est en effet pas nécessairement pourvu de connexion internet. Concrètement si vous embarquez un maximum de logiciels, c’est autant d’outils que vous n’aurez pas à télécharger. Dans cette démarche, la distribution va embarquer Kiwix. Il s’agit d’une version de Wikipédia déconnectée et consultable directement sur son ordinateur, sans internet. Quand on ne connait pas cette problématique de territoire, on peut être surpris de retrouver une redondance dans les logiciels. Il s’agit de respecter l’adage qui dit que qui peut le plus, peut le moins.

En partenariat avec l’association YovoTogo, des salles informatiques ont été réalisées sur le Togo. Avec des ordinateurs recyclés qui embarquent Emmabuntüs. On peut lire sur le site :

De 2015 à aujourd’hui, 640 ordinateurs de bureau et 125 ordinateurs portables ont été expédiés permettant la réalisation de salles informatiques au sein de structures éducatives et/ou sociales au nord du Togo ainsi que l’équipement de quelques jeunes universitaires issus de familles défavorisées.

YovoTogo

Le nombre d’appareils peut sembler dérisoire par rapport au nombre mondial, mais il faut le considérer autrement. Grâce à des appareils recyclés sous Linux, des enfants apprennent, se cultivent. Demain, ils feront partie des acteurs de leur pays, grâce à une opération de solidarité. Comprenez qu’il ne s’agit pas seulement de technique, mais bien d’humanité derrière. Comme on l’a vu plus haut, le don d’ordinateur est une bonne idée, à certaines conditions. Vous êtes en Afrique, il fait chaud. Des problèmes d’isolement, de routes, de poussière. Est-ce que vous imaginez qu’il est facile de trimbaler des tours qui font plus de 15 kilos ? C’est sur ce postulat que né Jerry Do It Together. Il s’agit à base de pièces détachées de PC et d’un jerrycan de créer des serveurs pour répondre à des problématiques locales. Serveur de données, serveur web, etc.

Un jerrycan se trouve facilement en Afrique, il est léger et supporte mieux les grosses températures. Emmabuntüs s’est associé au projet pour fournir des Jerry avec la distribution. On peut voir ci-dessous des exemples de réalisation franchement sympathique.

On va trouver Primtux, une distribution pour les scolaires. C’est une distribution qui a fait largement son chemin en milieu scolaire au point d’avoir comme partenaire l’éducation nationale. La distribution est développée par des enseignants et ça se voit. Ici, la distribution répond à la même problématique qu’Emmabuntüs en milieu scolaire, sur le territoire français. Dans les écoles, le renouvellement du parc est une problématique, avec Primtux, on peut reconditionner de nombreux ordinateurs qui étaient destinés à la casse. On rajoutera aussi que c’est l’opportunité d’éviter de former nos têtes blondes avec des produits Microsoft et de les libérer dès leur plus jeune âge.

Comptez une configuration avec 25 Go de stockage minimum, un double cœur et 2 Go de RAM. Primtux est à base d’Ubuntu, si votre machine est plus ancienne, une alternative existe sous Debian pour les très vieux processeurs. Néanmoins, pas d’illusion, dès que vous lancez un navigateur moderne et que vous consultez une page web, il faut 4 Go de RAM.

L’idée est de proposer des applications simplifiées en fonction du niveau des enfants : cycle 1, 2 et 3. Dans l’équipe de Primtux, on compte des personnels enseignants, les applications sont donc cohérentes et réellement utilisées dans les écoles. On notera la présence de Scratch 3 et de Scratch Junior. Je trouve que c’est positif et important quand on connait la place que prend le code et dès le plus jeune âge. Enfin, on verra que le moteur de recherche par défaut, c’est Qwant Junior et qu’un contrôle parental par défaut est installé.

Alors, on prend quoi comme distribution Linux ?

Procédons par élimination. Nous allons considérer que vous êtes un débutant, un utilisateur expérimenté est capable de passer à n’importe quelle distribution sauf peut-être des distributions plus complexes comme Gentoo ou Arch qui nécessitent davantage d’investissement.

  • Le premier point à considérer c’est votre matériel. Si vous avez une machine peu puissante, une distribution à base d’Ubuntu par exemple risque de donner une expérience utilisateur mauvaise. Je vous renvoie à mon billet « Acheter un ordinateur neuf ou d’occasion pas cher » et je rajouterai ceci. Si l’ordinateur est trop vieux, j’ai envie de dire un processeur monocœur ou un vieux dual core avec moins de 2 Go de RAM, il y a une véritable interrogation quant à la conservation de l’ordinateur. Pour un ordinateur ancien, je vous conseille d’utiliser la distribution Q4OS particulièrement légère. Mon discours est un peu paradoxal, car il s’agit d’une distribution avec une faible communauté, mais elle répond à un besoin particulier. Et pour rebondir sur ce fameux besoin particulier, on prendra des distributions spécifiques au besoin, comme Primtux pour les écoles.
  • Je vous déconseille les distributions à base Ubuntu qui ont conservé Snap par défaut. Il y a quelques années, les paquets universels n’étaient pas si importants. Je fais le constat que j’installe de plus en plus de logiciels par ce biais. Le catalogue Flatpak est bien plus riche, les Flatpak plus légers que Snap. Le seul Snap qui conserve son intérêt, c’est Nextcloud, pour une raison qui m’échappe il n’existe pas de version Flatpak. C’est pour cela que mon serveur est monté avec Ubuntu Server.
  • Je vous déconseille des distributions comme Fedora ou Debian, car elles ne sont pas « out of the box ». Il ne s’agit pas de dénigrer ces distributions Linux, mais de chercher la facilité pour l’utilisateur qui débuterait dans le monde Linux. Il y a un peu de travail à faire pour personnaliser l’environnement, certains dépôts de sources supplémentaires. Rien d’impossible, mais je considère que cela reste un frein à l’adoption. Je ne recommande pas non plus Manjaro, les mises à jour très régulières peuvent parfois conduire à des surprises. Si vous allez sur le site Distrowatch, vous verrez qu’il y a un classement avec cent distributions. Si Distrowatch a été la référence du monde Linux durant des années, aujourd’hui, je trouve qu’il ne veut rien dire. Au moment où j’écris ces lignes CachyOS est en tête du classement. C’est une distribution destinée principalement au gaming dont on trouve les premières traces en 2021. Il est très difficile d’obtenir des statistiques précises quant à l’utilisation des distributions, mais ce n’est certainement pas Cachy. En fin de compte, Distrowatch donne une tendance du moment, mais ne permet plus de trouver les distributions solides et durables.

Linux Mint, la distribution qui coche toutes les cases, enfin les miennes

Cela fait maintenant plus de deux ans que j’utilise Linux Mint après avoir pratiqué le distro-hopping pendant des années. J’ai failli dernièrement faire des essais sur les distributions de jeu puis finalement Linux Mint permet de faire tourner Steam sans problème. Je suppose que cela doit manquer d’optimisation, mais pas au point d’aller tenter autre chose. En fin de compte, Linux Mint me permet d’avoir une distribution cohérente pour réaliser mes activités du quotidien et pour jouer.

Linux Mint va cocher de nombreuses cases par rapport à ce que j’ai expliqué plus haut.

  • Il s’agit d’une distribution communautaire, avec une grande base d’utilisateurs. Vous avez un forum francophone, je précise que le Cyrille qui intervient ce n’est pas moi.
  • C’est une distribution à base de deb et de Flatpak. Elle s’appuie sur une base Ubuntu qui s’appuie elle-même sur Debian.
  • Le « thème » par défaut, c’est Cinnamon, c’est un développement propre à la distribution. Il s’agit d’un bureau qui ressemble à celui de Windows 10, avec des effets discrets, légers, mais efficace.
  • Je n’ai eu besoin de faire aucune modification de la distribution, pas besoin de rajouter des sources extérieures pour avoir une distribution fonctionnelle, c’est out of the box.

En conclusion

Comme je l’ai précisé en introduction, il s’agit ici de ma proposition et je suis certain que vous avez la vôtre. Ce qui me paraît le plus important dans mon propos, c’est de se mettre à la place d’un utilisateur qui ne comprend rien. Il ne faut pas penser à la distribution qu’on utilise, mais à la distribution que lui va utiliser au quotidien. Si vous êtes intéressés par l’installation de Linux sur votre poste, je vous rappelle que c’est « gratuit ». Vous trouverez sur le site des parrains et des marraines Linux des gens à proximité de chez vous, particuliers ou association qui transformeront votre PC sous Windows en machine sous Linux.

Il ne faut pas voir en cette opération une simple bascule technique qui permet de sauver un ordinateur de l’obsolescence programmée. C’est bien plus que cela, c’est prendre sa destinée numérique en échappant à un GAFAM, Microsoft en l’occurrence qui choisit pour vous quand vous devez changer votre ordinateur. L’actualité et notamment américaine nous rappelle que nous sommes dépendants de tout et pourtant ce n’est pas une fatalité. On peut aisément vivre sans les produits Microsoft dans son informatique quotidienne.

20 Comments

  1. Une chose à préciser : sur un ordinateur portable (et dans une moindre mesure sur les ordinateurs fixes), il peut y avoir des difficultés à installer Linux.
    Ainsi l’ordinateur de la région Normandie a le touchpad non fonctionnel, ce qui est plutôt embêtant.
    Sauf qu’il existe une solution, avec de la bidouille en ligne de commande.
    L’ordinateur portable en question a été distribué à un gros paquet de gens, ça va donc finir à la poubelle après 3 ans ou avec du Linux pas très pratique…
    Le salut vient des clefs permettant de tester Linux en « live » pour voir si ça passe niveau matériel et feeling du bureau.

  2. Petit REX : Je fais parti de ceux qui auraient aimer utiliser un poste Linux pour le travail (pour les mêmes raisons que celles que tu évoques dans le dernier paragraphe de ton article). Je suis à mon compte mais je travaille pour des industriels avec des standards informatique. A une époque j’avais pris du temps d’installer un poste Linux pour essayer (Mint), avec toujours un poste W10 en parallèle. Force est de constater que c’est le travail collaboratif avec des logiciels propriétaires qui m’a freiné (documents Word, Excel avec commentaires / suivi de corrections, générer des réunions Teams avec Outlook ou Thunderbird, documents AutoCAD…) + l’utilisation de logiciels de calculs qui ne tournent que sur Windows. Tout était devenu difficile (et donc plus long…) et je doutais même parfois que mon travail était bien intégré. Bref, j’ai abandonné l’idée et le poste est maintenant sur Batocera. C’est bien aussi 🙂

    1. Ce qui revient à ce que j’écris plus haut. S’il faut faire du Windows, alors il faut installer Windows, l’idée n’est pas de singer mais de faire autrement. Il est évident que dans un cadre professionnel si tu n’as pas le choix, tu utilises du Microsoft. Au lycée, c’est office 365 pour tout le monde, mais en fait l’imposition est légère. Compatibilité avec Thunderbird par exemple ou utilisation de Firefox pour accéder au SharePoint.

  3. La transition à Linux reste compliquée.
    Les habitudes de certains logiciels sous Windows, sans vrais équivalents dans le monde libre, rendent inconfortable ce changement.
    Il faut aussi accepter d’y consacrer du temps.

    Mais pour se faire une idée rapide pour qui veut entamer une transition, j’etais tombé sur un site magistralement réalisé il y a une pair d’années : Test Linux distros online – https://distrosea.com/ .

    Ca nécessite de déjà avoir un ordinateur et ça lance un linux avec environement de bureau – parfois au choix selon la distrib – dans un navigateur.

    Et à partir de là, on peut tester les outils fournis par défaut et la qualité/beauté/efficacité de l’interface et l’intégration des applications.

    Je trouve ça génial et à recommander pour ceux qui veulent se faire une idée 🙂
    (si la personne n’a pas deux mains gauches en informatique, elle se fera rapidement son opinion et reviendra avec des questions concrètes 🙂 ).

  4. Bonjour,

    J’ai abandonné Win11 depuis début Juillet.

    Marre des lenteurs issues de mon matériel avec cet OS : un DELL Optiplex 390 avec 16go de ram, Intel® Core™ i5-2400, une NVIDIA GeForce GT 730.

    J’ai récupéré cette tour au travail, elle devait partir à la déchetterie, j’avais upgradé les composants en 2019. Depuis, on passe par une société de recyclage « BackIT ».

    Donc cet été, j’ai migré sous Fedora, suite aux vidéos de la chaine Linuxtricks.

    Ce qui a motivé ma migration :
    * J’utilise de moins en moins d’applications clientes, j’utilise des alternatives WEB – J’ai donc trouver des alternatives pour certaines applications
    * J’utilise de plus en plus Linux en milieu professionnel depuis le départ de mon manager (faudra que je te raconte ca quand on se verra)
    * Je savais que je rencontrerais des difficultés :
    > Conserver mes données
    > Monter le NAS sur ma session (NAS plus maintenu par le constructeur)
    > Consulter mes données
    > Ne pas changer mes habitudes et celles de mes proches (Mme & MiniGeek)

    J’ai donc déployé Fedora KDE édition : mes frères ont utilisé mon PC, ils n’ont rien remarqué.

    Au plaisir de se croiser

  5. Bonjour,
    J’ai basculé full linux (debian Trixie) en mai. J’étais en dual boot depuis très longtemps. Jusqu’ici, tout va bien. Pas mal de points intéressants dans l’article qui s’écarte un peu des traditionnels gnome vs kde et Ubuntu vs mint vs arch, etc. Tout n’est pas rose sur Linux mais les choses avancent (depuis longtemps). On annonce depuis toujours l’année du desktop linux mais je pense que cette année est celle du gaming linux et ce n’est pas anodin. Grâce à Steam essentiellement mais pas que, l’adoption de linux augmente très vite et un des effets surprenants est le passage « définitif » sur Linux de gros youtubers. Ce n’est pas non plus un détail. Ça offre de la visibilité au système et ça pousse les devs à corriger des problèmes qu’ils ne voyaient pas forcément et je pense que ça va avoir une influence sur leur code. De nouveaux utilisateurs arrivent, il va falloir les écouter. Le gaming a été très important au début de windows. Ça le sera aussi pour Linux.

  6. Bonjour

    En Debian « Out of Box » il y a :

    LMDE, la version Debian de Linux Mint.
    Actuellement en version 6 basée sur Debian 12, la version 7 prévu en octobre sur Debian 13.
    Le gestionnaire de logiciels est réglé sur les paquets « deb » en priorité avec possibilité de choisir le flatpak si celui-ci fait parti des flatpak validés, configuration par défaut, les flatpak non validés son disponible après réglage adéquat.
    L’équipe de Linux Mint et sa communauté derrière le projet.

    Debian-Facile
    La dernière version est parue autour du 20 août basée sur Debian 13.
    Distribution francophone plus intimiste mais distribuée depuis plusieurs années maintenant avec une équipe active et présente sur le forum du même nom.
    Un manuel d’utilisation complet disponible des la première ouverture de session pour la prise en main du système, référencé par le site officiel debian.

    Ces deux distributions proposent dès l’installation les paquets « non-libre » pour une reconnaissance étendue du matériel.
    Également un choix épuré pour les logciels par défaut avec le nécessaire de base dont nombreux sont multi-os.

    1. À une époque j’aurais donné du sens à LMDE mais Mint est tellement stable que je ne vois pas l’intérêt, peut-être la légèreté ? En ce qui concerne Debian Facile, je suspecte Arpinux de s’occuper de beaucoup de choses en tant que bon hyperactif qui se respecte. Je ne suis pas sûr que les cahiers et le reste suivent s’il lui arrive quelque chose.

      1. Je ne pourrais pas me prononcer sur la légèreté d’une distribution par rapport a une autre.
        Je mettais en avant ces deux distributions pour le côté Debian « out of box ».
        Une fois l’installation faite, pas besoin de courir après les pilotes et il y a un accompagnement de l’utilisateur a la première ouverture de session, de la documentation et une communauté autour de ces projets.
        Le tout sur une base debian stable.
        Je suis d’accord avec ta remarque sur debian-facile.
        Disons que tant qu’elle est suivi, pour un utilisateur francophone il y a l’accessibilité avec une communauté française qui produit cette distribution et un manuel d’utilisation de qualité.
        Et si un jour elle devrait s’éteindre, la base est faite pour basculer sur une debian « classique » ( la ou LMDE adapte les sources pour proposer son depot ) et il est fort probable qu’arpinux et ses collègues proposeront un accompagnement pour ce changement avant de raccrocher les gants.

  7. Bonjour,

    Merci pour cet article, il résume assez bien les situations. Je rajouterai plusieurs choses :
    – Nextcloud existe en flatpak : https://flathub.org/apps/com.nextcloud.desktopclient.nextcloud
    – il y a une vraie différence entre distribution communautaire (qui sont parfois limitées en terme de développement ou d’obsolescence) et la distribution portée par une entreprise (canonical, redhat, system76…) où le support fait partie de leurs objectifs de business.
    – PopOS ne reste pas sur Ubuntu 22.04 (toujours supporté officiellement et mis à jour par l’équipe de PopOS) parce qu’ils ont une petite équipe, mais parce que le projet GNOME n’apprécie pas qu’on touche au design « parfait » de leur projet avec des extensions et thèmes personnalisés. Ils développent leur propre bureau, Cosmic disponible pour toutes les distributions.

    Linux Mint est une exception dans les distributions communautaires, de par sa longévité et sa gouvernance (c’est souvent ce qui pose soucis dans les évolutions des distributions (voir toutes les péripéties des projets comme Gnome, Wayland, Systemd…)).

      1. Effectivement, car flatpak ne gère pas les applications serveur contrairement à snap. C’est d’ailleurs selon moi le seul avantage à snap.

  8. Je retiendrais la dernière ligne de ton billet et je confirme c’est possible.
    « On peut aisément vivre sans les produits Microsoft dans son informatique quotidienne »
    A pluche.

  9. Idem Pour Mint… qui permet à quelqu’un ne souhaitant pas beaucoup évoluer d’avoir un truc qui fonctionne, de passer par Flatpack ou pas et de se faire la main sur quelque chose pas si éloigné de debian quand même.
    Sur portable en effet, il peut y avoir quelques soucis avec webcam (bof), touchpad, wifi selon les modèles, voire la mise en veille (mais parfois dû à une appli en tache de fond…)
    Tu aurais pu aussi dire, saute dans le grand bain Debian et tu verras si tu sais nager. Si tu survis pas, tant pis pour toi….mais pas le genre de la maison car c’est comme ça qu’on perd du monde.

  10. Dans la liste « Debian out of the box », tu as oublié la non-distribution DF-Iso, qui semble convenir à pas de débutants quand-même 😀

  11. Il doit quand-même exister une « Debian ou of the box » avec le non-distribution DF-Iso qui semble satisfaire pas mal de débutant quand-même 😉

  12. salutations 🙂
    cool de parler de Dfiso, notre « non-distribution » 🙂
    et oui, tu suspectes bien Cyrille, je m’occupe de pas mal de chose, et c’est mon défaut, pas celui de notre communauté 😉
    mon défaut est de ne pas laisser énormément de place aux autres quand je me lance dans un truc.
    je suis persuadé que les projets seront suivis par d’autres quand il m’arrivera quelque chose 😛

    à propos de Linux Mint, elle coche toutes tes cases en effet et je comprends ce choix. cependant, je crois que Debian a de plus en plus de points positifs, particulièrement leur choix d’intégrer par défaut les firmwares non-libres dans leurs ISOs, c’est un grand pas vers la reconnaissance du matos qui restait, jusque là, un gros défaut de Debian.

    idem pour l’ergonomie de l’environnement puisque Cinnamon dont tu parles, est proposé à l’installation et une ISOs live dédiée dispo sur leur site est prévue pour tester la compatibilité matérielle.

    bref, même si les dérivées Debian font un gros travail de vulgarisation et d’adaptation, Debian n’est vraiment plus très loin derrière et faire le choix de la distribution mère me semble pas si osé pour un débutant désormais 🙂

    [hs] j’aime beaucoup ton énième blog 😀

  13. Linux Mint est atteint d’un bug mal documenté, qui traine – paraît-il – depuis plus de 10 ans. A mon avis c’est fatal.
    https://forums.linuxmint.com/viewtopic.php?t=443071
    Au répare-café, ou en installant Mint à la place de Windows 10, il faut très souvent recopier des dizaines ou centaines de Go de données précieuses comme les photos et vidéos de famille. Parfois, pendant le transfert, l’ordinateur s’arrête brutalement et il faut couper le courant pour relancer. Un utilisateur inexpérimenté ne saura récupérer ses données.

  14. Merci Cyrille pour l’article.
    Le vieux portable de mon épouse ne pourra pas passer sur Windows 11 et je cherchais justement comment le recycler (il a un SSD et suffisamment de RAM pour ne pas le considérer comme obsolete).

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