En 1988 le manga est largement présent en France sauf qu’on ne l’appelle pas manga, mais dessin animé japonais. Albator, cobra ou Goldorak sont diffusés depuis de nombreuses années sur les chaînes de télé française. Il faut toutefois comprendre qu’à cette époque, c’est un dessin animé qui a une forte connotation péjorative. Assimilé à la médiocrité, de la sous culture face à un empire Disney de référence en Europe.
C’est en 1988 qu’Akira l’œuvre de Katsuhiro Ōtomo sort au cinéma ce qui est une première. Il était impensable d’avoir du manga au cinéma quand aujourd’hui c’est devenu commun. On pense notamment aux films de Hayao Miyazaki. Le voyage de Chihiro, princesse Mononoké sont devenus des classiques. Le fait d’avoir un manga qui sort en salle aura été l’événement déclencheur de la culture manga en France. Pour la petite histoire en 1988, j’avais 13 ans et j’y étais pour la sortie d’Akira. Katsuhiro Ōtomo a finalement été « peu » productif dans sa carrière. Akira restera certainement l’œuvre de sa vie, néanmoins ce n’est pas mon histoire préférée. L’histoire comme c’est souvent le cas avec le manga, finit par traîner en longueur et peine à proposer une fin carrée. Domu sorti en 1980 a de fortes ressemblances avec Akira. Il est largement plus court et je le trouve bien plus passionnant.
Dans un quartier populaire du Japon des suicides, des accidents se sont multipliés dans les vingt dernières années. La police mène l’enquête sans succès. Il apparaît que c’est un vieux bonhomme à l’aspect inoffensif qui possède des pouvoirs paranormaux qui poussent les gens au suicide. La donne change totalement quand une petite fille qui possède des pouvoirs similaires décide de lui faire la guerre. Une excellente enquête. Une mise en scène extraordinaire avec des scènes de combat dans les immeubles assez mémorables. Je ne peux que vous recommander la lecture de ce manga qui fait partie des incontournables de la culture japonaise. Malheureusement l’ouvrage est difficile à trouver en France, je ne le trouve pas neuf. Je vous invite à chercher sur web une version numérique, la lecture en vaut la peine.


L’histoire se déroule dans le Japon du début des années 2000. Un jeune homme brillant, lycéen et fils d’un commissaire de police met la main sur le death note. Le cahier de la mort. Le death note possède de très nombreuses règles qui seront détaillées tout au long du manga. Elles ont toutes leur importance, on retiendra juste celle-ci. Si on écrit le nom d’une personne dans un death note, il meurt. Si les circonstances ne sont pas précisées, l’individu meurt d’une crise cardiaque. Le death note n’est pas arrivé dans les mains de Light par hasard, il s’agit d’un Dieu de la mort qui s’ennuie, Ryuk. Il espère trouver du divertissement dans l’utilisation que va en faire le jeune homme. Il va être servi. Light est un garçon surdoué avec un code moral assez particulier. Au lieu de rejeter le cahier, d’en faire une utilisation à des fins très personnelles, Light fait le choix de tuer les plus grands criminels. Son père étant policier, il lui est facile de trouver le nom et les visages de ces personnes. Il faut en effet pour que la sentence fonctionne connaître l’identité et avoir déjà vu le visage de l’individu. Perçu comme un criminel, il devient activement recherché par l’ensemble des polices du monde. Light qui se fait désormais appeler Kira tue dans sur toute la planète. Il va alors se retrouver face à un jeune de son âge tout aussi brillant, L. Reconnu comme étant l’enquêteur numéro 1 et suivi par toutes les polices.
Durant ce très long manga, de nombreux événements vont se succéder autour de la confrontation des deux jeunes hommes, un second Kira, un autre cahier dans la nature, un cahier récupéré par les mauvaises personnes et plus encore. L’auteur du manga précise qu’il n’a pas voulu lancer un débat sur la peine de mort. Difficile pourtant de ne pas se poser la question, de ne pas réfléchir, sachant qu’il s’agit d’une des réflexions que pose le manga. L’histoire s’étale sur plusieurs années. Ainsi, on voit un changement dans l’opinion publique se produire.
Au départ considéré comme un criminel qui fait peur, Light / Kira finit par être reconnu par l’ensemble des nations comme maître absolu. En effet, la population constatant une disparition de la criminalité, une paix retrouvée, elle finit par basculer de son côté même s’il tue des gens pour cela. Fort succès en librairie, des adaptations en dessin animé, en films, on peut parler de manga culte au point de déclencher comme souvent des réactions extrêmes. Pour l’adaptation américaine de 2017, l’auteur a reçu des menaces de mort, d’otaku qui ont considéré que le film était trop mauvais et que c’était la faute du réalisateur. Ont-ils écrit son nom dans un cahier pour voir si ça marche ?
Ranma nibun no ichi ou ranma 1/2 est un manga de Rumiko Takahashi dont la parution a démarré en 1987. La date n’est pas anodine puisqu’à la même époque les références sont Dragon Ball et Saint Seiya. Dragon Ball reste un manga assez drôle surtout dans les premiers épisodes. Saint Seiya quant à lui avec le sens du devoir, les combats de chevaliers, se prend davantage au sérieux. Avec Ranma, Rumiko Takahashi fait le choix de la parodie et de la comédie permanente avec un postulat assez original. On notera que Rumiko Takahashi est une femme ce qui est plutôt rare dans cet univers. Ranma est un spécialiste des arts martiaux qui sillonne le Japon avec son père pour améliorer ses techniques. Un jour alors qu’ils s’entraînent à proximité des sources maudites, ils tombent dedans et c’est le drame. Lorsque Ranma reçoit de l’eau froide dessus, il se transforme en fille. Pour retrouver son corps de garçon il doit recevoir de l’eau chaude.
Ranma doit reprendre le dojo Tendo, dont il doit reprendre la succession. Son propriétaire, ami du père de Ranma a trois filles, il doit épouser l’une d’elle. C’est Akane qui est choisie, la plus jeune. Un garçon manqué qui pratique, elle aussi, les arts martiaux. Elle n’est pas du tout ravie de cette union arrangée et entretient des relations particulièrement conflictuelles avec Ranma. Il faut comprendre que conflictuelle dans le manga, c’est en venir aux mains. Il faut dire qu’avec Ranma tout est défi et il faut qu’il remporte la victoire quoi qu’il arrive même s’il s’agit de concours ridicules où il utilise son corps de fille : cuisine, gymnastique, patinage artistique. Pour réussir Ranma est prêt à tout, et même si c’est un garçon courageux, viril, il n’hésite pas à utiliser ses seins pour déstabiliser son adversaire ou mettre des petites culottes féminines pour gagner ses combats.
Le manga Ranma est décliné en histoires plus ou moins courtes où vont s’enchaîner de très nombreux personnages. Ils sont pour la plupart issus du passé de Ranma et de son père. Shampoo par exemple est une fille de la tribu des guerrières. Elle a été battue par Ranma si bien qu’elle n’a d’autre possibilité que de l’épouser. Elle se transforme en chat quand elle est mouillée, pas de chance, c’est la seule crainte de Ranma. Ryôga quant à lui est le concurrent de Ranma. « Amis » d’enfance, ils ne cessent de se provoquer pour savoir qui est le meilleur. Ryôga quant à lui est tombé dans une source qui le transforme en cochon. Il est secrètement amoureux d’Akane la fiancée de Ranma.


La version française se décline en 38 tomes où les personnages intriguent autour de Ranma et d’Akane entre l’amour et les combats. Le fil conducteur étant la relation entre les deux héros où le lecteur est dans l’attente d’une véritable déclaration d’amour. J’évoquais plus haut Dragon Ball et Saint Seiya, les références y sont assez nombreuses. Mousse par exemple ressemble à s’y méprendre à Shiryu de Saint Seiya. Le chevalier du dragon finit aveugle à un moment donné dans l’aventure. Mousse est totalement myope et sans ses lunettes, il confond tout. L’aspect parodique est profondément marqué et les inspirations du monde du manga sont nombreuses, la parodie permanente.
Ranma 1/2 fait partie des mangas cultes, parmi les premiers à être arrivés en France notamment à la télévision Française où il a été largement censuré. Comme je l’ai écrit les personnages sont souvent nus, des poitrines sont affichées, si bien que le dessin animé présenté dans les émissions de jeunesse a vu de nombreuses scènes être coupées au point de le rendre incompréhensible. Avec du recul, on réalise que Ranma 1/2 est bien un manga d’une autre époque. Il ne passerait pas aujourd’hui dans une période de cancel culture où tout change profondément. On vient d’apprendre par exemple que Dragon Ball est désormais hors la loi en Espagne.
Les stéréotypes entre les hommes et les femmes sont trop marqués. La présence de certains personnages dérange. On peut penser à Tortue Génial, un pervers comme il en apparaît régulièrement dans la culture du manga de cette époque. Dans Ranma on va beaucoup plus loin. Happosai est le maître du père de Ranma et de celui d’Akane, il est typiquement le personnage qui n’a plus sa place en 2021. Il vole des culottes, il entre dans les vestiaires des filles, il transforme Ranma en fille pour se coller à sa poitrine. En relisant le manga, il apparaît que la culture du viol est omniprésente. Des personnages qui sont drogués, des garçons qui essaient d’embrasser les filles de force. La ligne de défense des auteurs et des fans de Dragon Ball, c’est que les réactions des femmes sont très violentes. Elles montrent qu’elles savent se défendre, c’est tout de même particulièrement marqué dans la série.
Ranma est une très bonne comédie pour qui est à même de l’apprécier. J’ai envie de dire que c’est comme lire Tintin au Congo totalement décrié, pourtant il fait partie du patrimoine. Il s’agit d’une autre époque. L’humour était différent, on s’attachait peu au résultat final, au message qu’on voulait véhiculer pour se concentrer sur l’effet immédiat. Le divertissement. Avec du recul, il est certain que la moralité du manga n’est pas formidable. Les valeurs véhiculées ne sont pas toujours les bonnes, mais si on fait abstraction pour se concentrer sur le divertissement, on a une série particulièrement plaisante et amusante.
Saint Seiya : Les Chevaliers du Zodiaque
Saint Seiya est plus connu en France sous le nom des chevaliers du zodiaque. C’est un manga créé en 1986 par Masami Kurumada et vendu à plus de 35 millions d’exemplaires. Ce manga a une valeur sentimentale pour toutes les personnes d’un certain âge. L’adaptation en dessin animé a été diffusée en France en sur TF1 dans le club Dorothée à partir d’avril 1988. Je peux vous en parler, j’avais 13 ans, et j’étais fixé à mon écran de télé tous les mercredis. Il faut dire que c’est une époque où la télévision à la demande n’existait pas. Il n’y avait d’autre choix que d’attendre son épisode chaque semaine, ou de l’enregistrer au magnétoscope en cas d’absence. De plus, la série avait de sérieux arguments pour séduire les adolescents. De l’action, des rebondissements, des cliffhangers terribles.
Les personnages
L’action se situe de nos jours. Des jeunes gens partent dans tous les coins du monde pour réussir à devenir chevalier d’Athéna. Ces jeunes à l’origine orphelins vont pour diverses raisons participer à un tournoi dans lequel ils vont devoir s’affronter. Dans cette première partie, on découvrira les différents protagonistes, cinq chevaliers qui seront les héros de la série :
- Seiya : Chevalier de Pégase
- Shiryu : Chevalier du Dragon
- Hyôga : Chevalier du Cygne
- Shun : Chevalier d’Andromède
- Ikki : Chevalier du Phénix

On découvrira par la suite que Saori Kido n’est autre que la réincarnation d’Athéna sur terre que ces jeunes hommes doivent impérativement protéger des nombreux dangers qui la menacent.
Les différentes parties du Manga
La série disponible dans une édition définitive de 22 tomes se décline de la façon suivante :
- Découverte des personnages, découverte de l’armure d’or du Sagittaire, bataille contre Ikki et les chevaliers noirs.
- Bataille du sanctuaire, le grand Pope qui est le représentant d’Athéna complote contre elle et vise à l’assassiner. Athéna a une flèche plantée dans le cœur. Les chevaliers doivent traverser les douze maisons protégées par les chevaliers d’or pour vaincre le grand Pope et sauver Athéna. Ce sera l’occasion de découvrir l’ensemble des chevaliers d’or et leurs armures. Mais aussi certaines relations entre les chevaliers, certains étant les maîtres de nos héros.
- Bataille contre Poséidon qui se réincarne à son tour. Ce dernier projette de noyer l’intégralité de l’humanité dans un grand déluge. On notera d’ailleurs que Masami Kurumada emprunte de façon évidente à la mythologie grecque, mais à l’ensemble des religions. Le déluge est présenté comme l’équivalent de celui qu’a vécu Noé dans la bible. Masami Kurumada prend dans toutes les religions, dans tous les univers pour réaliser son œuvre, catholicisme, bouddhisme, indouisme etc. Athéna accepte de supporter toute l’eau devant tomber sur l’humanité. Elle laisse de cette façon un répit aux hommes. Les chevaliers devront faire tomber les sept piliers soutenant les océans.
Il faut savoir qu’à l’époque, nous n’avions pas le manga complet en France. Nous suivions à la télévision les aventures de nos héros. Une partie supplémentaire qui n’existe pas à l’écrit, l’Asgard a été diffusée. Cette fois-ci comme on peut s’en douter la mythologie nordique. La dernière partie qui m’intéresse, c’est l’Hadès que je n’avais pas vu en animé. En effet, il aura fallu 13 ans aux studios pour adapter la série à la télévision à partir de 2002.
Bis répétita
Il faut reconnaître que le schéma narratif de Saint Seiya est particulièrement répétitif au point d’en être presque ridicule. En effet dans le sanctuaire, Athéna va mourir de la flèche du grand Pope. Les chevaliers doivent affronter les terribles chevaliers d’or. Dans Poséidon, c’est l’eau qui va noyer Athéna. Les maisons sont remplacées par des piliers. Dans l’Asgard, un schéma similaire avec les guerriers divins et Athéna qui ralentit la fonte des glaces lancée par Odin.
Trois fois la même histoire avec des personnages différents. La pilule passe d’autant plus mal que les chevaliers se sont hissés au niveau des chevaliers d’or, les chevaliers les plus puissants.
L’Hadès
La partie Hadès se décompose en trois, c’est la première la plus réussie. Athéna est attaquée par Hadès réincarné. À la différence c’est qu’elle est protégée dans le sanctuaire, avec les chevaliers d’or qui ont survécu à la bataille. Du fait qu’Hadès soit le Dieu des enfers, on retrouve d’anciens chevaliers d’or affrontant ceux encore vivants. Les chevaliers de bronze dans cette partie ne sont plus au centre de l’aventure. Davantage spectateurs, ce qui est logique et plaisant, d’avoir une diversité des personnages et des situations.
Malheureusement Masami Kurumada retombe de façon systématique dans ses vieux travers. Athéna à la fin de la première partie se sacrifie pour affronter Hadès dans les enfers. Seiya et ses amis vont partir à sa recherche et affronter de nouveaux chevaliers pour la sauver.

Saint Seiya, un peu décevant quand même.
J’ai lu l’intégralité de Saint Seiya dont cette partie que je ne connaissais pas. Je dois reconnaître que j’ai été déçu sur plusieurs points. Alors que la première partie de l’Hadès était réellement prometteuse, la poursuite dans les enfers est tout bonnement ridicule. Masami Kurumada essaie de faire de l’humour dans sa série, même si elle est particulièrement sérieuse. Contrairement à un Dragon Ball où l’on a l’habitude de traits d’humour, ça ne passe pas. La série véhicule en effet des valeurs comme le courage, le don de soi. Retrouver un Seiya qui pète ou qui éternue pour faire du bruit, c’est tout bonnement incompréhensible. La fin ressemble donc à une libération pour son auteur, mais aussi pour les lecteurs.
Saint Seiya reste toutefois, malgré une fin décevante un monument de la culture du manga. Malgré les 30 ans écoulés, le dessin n’a pas pris une ride. Les armures sont bluffantes, tout comme les scènes de combat. Quand parfois, on explique que le manga est pauvre par rapport aux traits de la bande dessinée européenne, Saint Seiya démontre par ses qualités techniques qu’il n’a rien à envier.