Comme je l’avais annoncé dans la première partie, je propose deux articles sur les TDAH. Le TDAH est un trouble qui est dorénavant de plus en plus détecté, notamment chez les adultes qui s’ignoraient. Comme on a pu le voir dans l’article précédent, il y a encore 10 ou 15 ans, ça « n’existait pas » . Si dans la première partie j’ai raconté mon histoire, ma découverte du TDAH, il me paraissait important de donner la parole à l’un d’eux.
À l’instar du premier article, nous n’avons pas pour but de poser quelque chose si ce n’est notre expérience. Mon expérience de prof qui vit son quotidien avec des élèves TDAH, et celle de Benjamin. Attention, il ne s’agit pas de Benjamin Laussel avec qui je partage le site, mais d’un autre Benjamin. J’ai une vie remplie de Benjamin !
J’avais écrit 50 nuances de TDAH et c’est effectivement le cas avec Benjamin qui en plus est Asperger. Cela renforce encore l’aspect personnel de cette série de billets qui ne peuvent être généralisés face à la diversité des profils.
Peux-tu te présenter ?
Je suis Benjamin, j’ai 32 ans, un heureux papa qui vit en Bourgogne, bien qu’originaire du sud-ouest. Je travaille dans la tech, et ai l’associatif compulsif. En effet, je suis membre officiel et actif de trois associations, mais je donne un coup de main à de nombreuses autres. Le tout sur des sujets très variés.
Je suis aussi, ou plutôt étais, très sportif jusqu’en 2016 où un premier problème de santé a forcé un premier arrêt. J’ai pu reprendre en 2017, où une nouvelle blessure a mis un arrêt définitif. Je ne pourrai reprendre, si tout va bien, que l’année prochaine. Cette information n’est bien entendu pas anodine et a son importance pour la suite.
Quand as-tu été diagnostiqué TDAH et Asperger ?
Le diagnostic officieux de TDAH a été posé en novembre 2021. Officiellement, c’est beaucoup plus récent. Un premier diagnostic TSA/Asperger a été posé en mai 2022, et le TDAH n’est venu que par la suite, progressivement. (Remarque TSA : trouble du spectre de l’autisme )
Comment as-tu pris la nouvelle ?
De façon très ambivalente. D’un côté ça confirmait que je ne m’étais pas trompé lorsque je me suis reconnu dans le TDAH. Tout ce que j’avais pu vivre ou vivais n’était pas nécessairement QUE de ma faute, et pas seulement dû à mon caractère de procrastinateur de l’extrême, ou d’hyperactif impulsif que j’aurais pu définir comme capricieux.
D’un autre côté, c’est assez violent de se prendre dans la tête que tu es « atypique ». C’est une notion que déteste, car elle est parfaitement subjective. Mais dans tous les cas, tu sais que tu ne rentres pas dans les bonnes cases, que tu te traînes des tares, et que si tu avais été diagnostiqué plus tôt, tu ne serais peut-être pas arrivé à la dépression. Dépression qui a failli te coûter très cher, et qui a lancé tout le processus de diagnostic.

Comment as-tu été diagnostiqué ? Quel protocole ?
En 2016, je fais une embolie pulmonaire, puis me blesse en 2017 quand j’ai repris le rugby. J’en tire un handicap, et je passe trois ans et demi blessé. Le sport qui faisait office d’exutoire et contenait l’hyperactivité n’est plus présent, je tombe dans la dépression.
Je ne sais pas si mon parcours est très typique ou représentatif. J’ai entendu le terme TDAH pour la première fois en 2020, lors d’une discussion avec une proche. Curieux par nature, je suis allé creuser, voir ce que c’était.
Plus je parcourais les pages, plus je me reconnaissais. Les similarités étaient trop nombreuses pour que ce ne soit que le hasard. J’ai dévoré beaucoup de contenus, de témoignages, avec des moments où je me reconnaissais plus ou moins. Puis j’ai commencé à échanger avec des personnes atteintes de ce trouble, également diagnostiquées à l’âge adulte, et avec un parcours similaire au mien (classe sociale, études, âge, …). Et là encore, ça collait beaucoup trop. Il fallait que j’avance sur ce point pour aller mieux, et ne plus avoir envie de me foutre en l’air.
Par les conseils d’une des personnes avec qui j’échangeais, j’ai contacté l’antenne locale de Saône-et-Loire. Sa bénévole a pu me recommander un psychiatre spécialisé dans le TDAH et autres TND (Troubles NeuroDéveloppementaux) avec qui j’ai pu avoir un rendez-vous en novembre 2021.
Après avoir traité ma dépression et mon anxiété, et permis la stabilisation de ces deux difficultés, j’ai été orienté vers une psychologue faisant passer des bilans psychométriques. Elle établit un phénotype (tableau) plus complet, et détermine quels troubles sont présents. Pour ma part, j’ai passé le WAIS-IV, il existe d’autres tests en France comme le DIVA-2.
Es-tu traité pour ton TDAH ?
Je suis traité, sous méthylphénidate, avec de la Ritaline à effet immédiat pour apaiser un peu l’hypersensibilité sensorielle dès le réveil. Ensuite avec du Concerta à effet prolongé qui vient prendre le relai pour finir la journée tranquillement sans avoir la chute brutale de la Ritaline.
Comment vis-tu ton traitement ? Sens-tu un changement ?
C’est relativement aléatoire, notamment au niveau de la Ritaline. Ça peut être très bénéfique comme générer davantage d’effets indésirables que de désirables, mais globalement, ça fait son œuvre.
Le Concerta quant à lui a tendance à lisser les journées. Je ne peux pas parler d’un changement radical qui me transforme en surhomme, mais ça apaise, calme un peu l’hyperactivité cérébrale et la pensée en arborescence. Il me permet également de me mettre plus facilement à certaines tâches dans lesquelles je n’arrive pas à me lancer sans médication.
Un autre effet assez agréable pour moi : ça joue sur mon hypersensibilité sensorielle. Quand tu as deux gamines de 5 et 3 ans qui jouent comme des enfants de 5 et 3 ans, ça rend les choses plus faciles à supporter. Ça évite les explosions.

Parle-nous de ta scolarité
Il y a près de 30 ans, ce n’était pas un sujet. Ça n’existait tout simplement pas. En France, la recherche a pris beaucoup de retard depuis les années 70 à ce sujet. Une des principales explications étant que le côté Haut Potentiel (Intellectuel comme Émotionnel) était vu comme quelque chose de très élitiste, et donc profondément de droite. On a arrêté les recherches à ce sujet. Il a dû y avoir quelque chose comme deux publications au cours des 40 années qui ont suivi.
Pour ma scolarité, je me suis toujours ennuyé en cours. Enfin toujours… Non. J’avais des profs qui savaient rendre tous leurs sujets passionnants, et là ça allait. Mais globalement, comme je n’aimais pas ça, et que j’avais la chance d’avoir des facilités, j’ai passé toute ma scolarité à ne pas faire grand-chose, si ce n’est mes punitions.
Je pense que je n’étais pas le gamin méchant, mais celui qui est quand même pénible à avoir en classe. Celui qui finit vite ses exercices et qui s’ennuie. Donc je bougeais, je parlais et… On me punissait. Je pense que je passais plus de temps à faire mes punitions (lignes, verbes, …) qu’à faire mes devoirs.
Une scolarité facile parsemée de punitions
Comme je le disais, j’avais des facilités, j’ai pu tenir une moyenne très élevée jusqu’en 5ᵉ ou 4ᵉ (entre 18 et 19), puis arriver jusqu’à un bac +4 sans rien faire, ou pratiquement. Je bossais au dernier moment tout en dormant peu, et me levais très tôt (3 ou 4h du matin) pour faire mes devoirs à rendre à 8 h. Je bâclais ça, et ça me suffisait à passer d’années en années. C’est un choix que je regrette et que je déconseille aujourd’hui. J’ai finalement assimilé beaucoup moins de notions que d’autres personnes qui suivaient mieux le cours. Je regrette aussi d’avoir fini dans une filière par défaut. Mes parents ne voulant pas que je parte dans des études professionnalisantes (paysagiste) parce que j’avais des « capacités ».
Je n’ai pas fait grand-chose, et je me suis laissé porter. J’ai enchaîné punitions, colles et exclusions, mais jamais pour quelque chose de très méchant. Juste… J’étais vivant.
Comment ton entourage vivait ton TDAH ?
Pour cela, je pense que j’ai eu de la chance. Comme tous les parents, les miens ont dû avoir des moments difficiles avec moi. Mais mon hyperactivité pouvant être facilement satisfaite vu qu’on disposait d’un demi hectare de terrain, j’arrivais à me canaliser le reste du temps.
Et puis j’avais beaucoup d’exutoires, notamment le sport que je pratiquais en quantité, et l’écriture. Je n’ai jamais écrit grand-chose d’intéressant, mais j’écrivais. Beaucoup. Cela me permettait d’évacuer tout ce qui s’accumulait. Et finalement, j’ai pu avoir un mode de vie qui collait bien avec mes troubles, et c’est passé inaperçu autant pour moi que pour ma famille pendant très longtemps. Même aujourd’hui, je ne suis pas certain qu’ils réalisent vraiment ce qui se joue en dessous. Les stratégies de compensation étant, avec le temps, devenues ma vraie nature. Le vrai moi ne ressort que très peu finalement. Il est bien enfoui. Peut-être un peu trop, d’ailleurs.
Quelles relations avec les autres ?
Globalement plutôt bonnes, bien qu’arrivées tardivement. J’étais plutôt seul jusqu’au lycée. Puis j’ai rencontré des gens bizarres comme moi. Ça a matché et on ne s’est jamais quittés.
Pour le reste, par le sport, par les différentes activités et le mode de vie de ma famille, j’ai toujours eu les codes sociaux pour faire le caméléon et passer inaperçu. Bien que je ne sois jamais réellement à l’aise au milieu d’inconnus, ou tout simplement de beaucoup de monde, hors cercle très proche.
Le plus dur, finalement, et j’ai découvert cela récemment, c’est mon incapacité à distinguer diplomatie et hypocrisie. L’injustice ayant tendance à me mettre dans une colère folle, j’ai toujours eu du mal à comprendre que faire preuve de diplomatie ne veut pas dire être hypocrite. Et ça ne change pas, même en le sachant. Ça permet juste de relativiser en me disant que de toute façon, je n’y comprendrai jamais rien.
Peux-tu parler de tes engagements ?
Ils sont assez divers, mais finalement tous tendent vers un même objectif : l’Humain.
Une vie associative
Je suis depuis toujours membre d’associations locales, notamment les comités des fêtes qui permettent de faire vivre les villages. Actuellement par exemple, dans mon petit village de 200 habitants, nous organisons à une petite dizaine, 8 à 10 manifestations par an. La dernière en date étant une descente de caisse à savons où nous avons accueilli une cinquantaine de participants pour environ 1200 spectateurs. La communication a été un peu trop efficace.
Je suis aussi membre de l’association Exodus Privacy, pour sensibiliser aux enjeux du numérique et de la vie privée, sans pour autant tomber dans le dénigrement des choix de chacun. Le but pour moi dans cet engagement est que chacun puisse avoir les outils pour comprendre les enjeux, et puisse faire les choix en connaissance de cause. Utiliser Gmail n’est pas une mauvaise chose. Il suffit de savoir ce qu’il se passe derrière, et en avoir pleinement conscience.
Côté neuro, je suis membre de l’association TDAH HyperSupers depuis peu. Le but ici est de m’impliquer au niveau de l’antenne locale pour aider la bénévole qui fait actuellement un travail extraordinaire, mais qui représente beaucoup pour une seule personne.
Je suis également en train de travailler sur un site dans lequel du contenu de vulgarisation sera proposé, sur différents sujets, notamment les troubles neurodéveloppementaux. Bien entendu. J’espère aussi pouvoir ajouter une rubrique qui présente différents outils permettant de limiter l’impact des troubles sur le quotidien, et donc de faciliter les stratégies de compensation.
Développement
En parallèle de ce projet, je me suis remis à faire du développement. Je travaille avec une autre personne sur une application qui permettra de regrouper différents outils d’organisation et de compensation. Certains outils comme Routinery, qui permet à des personnes de définir une routine chronométrée et quotidienne, possèdent des limites dont la critique est assez récurrente. Notre but est donc de nous en inspirer, et de l’adapter aux retours qui nous parviennent, pour proposer quelque chose qui semble parler davantage à la communauté. Le tout de façon gratuite et libre. Ça prendra du temps. Beaucoup.
Je recueille également des témoignages que je publie (mais j’ai beaucoup de retard) dans le but de montrer ce que la société a tendance à nous faire masquer. Je fais parler des gens de leur vécu, de ce qu’ils ne montrent pas. Que ce soit en lien avec un trouble, avec un moment difficile de la vie, des choix de vie, une dépression, un accouchement difficile qui a failli virer au drame… Bref, tout ça sera sur le site, quand je serai prêt à le publier. Mais là tout de suite, j’ai besoin de repos, alors je fais une coupure dans tous ces projets.
Enfin, pour terminer et pas des moindres, j’essaie d’être le plus impliqué possible dans l’éducation de mes filles et de tout ce qui les concerne. Représentant des parents d’élève, impliqué dans leurs activités, etc. Et au milieu, j’essaie de trouver un peu de temps pour moi 😉