Jason Segel est psychothérapeute et veuf. Il ne se remet du décès de son épouse et fait globalement n’importe quoi. Prostitués, drogue, ainsi de suite. Il touche le fond quand il dit exactement ce qu’il pense à certains de ses patients et que ça tourne à la catastrophe. Il explique par exemple à l’une de ses patientes que son mari est un imbécile et qu’elle doit le quitter. Bien évidemment, tout tourne à la catastrophe et pourtant dans cette situation dramatique, il essaie de remonter la pente. Shrinking est une excellente série, très drôle qui offre une galerie de personnages hauts en couleur.
Jason Segel qui tient le rôle principal et qui fait absolument n’importe quoi, notamment dans la relation qu’il entretient avec sa fille. Il finira par héberger un de ses patients, un ancien soldat qui fait des accès de violence incontrôlables. Harrison Ford dans un rôle juste, un rôle de vieux monsieur ronchon atteint de la maladie de Parkinson. Je trouve que c’est très positif, Harrison Ford montre qu’il n’a pas besoins d’effets spéciaux pour se rajeunir de trente ans. Certaines scènes sont particulièrement touchantes ce qui est aussi une des forces de la série, la capacité de passer du rire aux larmes. Jessica Williams (II) la consœur de Jason Segel qui a droit à quelques scènes mémorables. Je pense à une scène dans une galerie d’art entre autre. J’ai ri. C’est suffisamment rare pour que ça arrive devant une série pour le signaler. La sensation quelque part de retrouver un friends face à la quantité de personnages bien délimités, en extrêmement plus corrosif et plus trash.
J’en suis actuellement à la saison 3, je trouve qu’on commence à avoir une baisse de rythme même si la série reste sympa à regarder.

Black Mirror, la série dystopique qui fait réfléchir
Black Mirror est une série télé initialement anglaise parue en 2011. Elle a été reprise par Netflix pour une diffusion mondiale. Nous en sommes au moment où j’écris ces lignes à la saison 7. Black Mirror a la particularité de proposer des épisodes qui ne se suivent pas sans véritable lien les uns avec les autres. Le point commun de chaque épisode, c’est la dystopie proposée. Une utopie, c’est quand on imagine un monde merveilleux qui ne peut pas se produire. La dystopie, c’est un monde dans lequel les choses se passent mal, le contraire de l’utopie. La force de Black Mirror c’est d’utiliser une dystopie crédible, une dystopie qui pourrait se produire ou qui se produit déjà.
Un premier épisode choc.
Le premier épisode de la série est certainement parmi les plus marquants. En tout cas, il ne pouvait pas y avoir meilleure accroche. La princesse, tellement aimée du peuple britannique a été kidnappée. Les ravisseurs demandent au premier ministre d’avoir un rapport sexuel avec un porc filmé face caméra. Sans cet acte surréaliste, ils tueront la princesse. Bien évidemment, dans l’opinion publique personne n’imagine qu’un homme doit se compromettre à un point pareil. C’est lorsqu’un doigt de la princesse est coupé que les questions sur le positionnement du ministre arrivent.
On démarre ainsi très fort la série avec de nombreux éléments qu’on retrouvera durant tous les épisodes. Une situation surréaliste, mais pas si surréaliste. Jusqu’à maintenant, la norme est de ne pas négocier avec les terroristes. De l’autre côté chez les ravisseurs, on est plutôt classique : de l’argent, abolir des lois, délivrer d’autres personnes. Nous ne sommes que rarement confrontés à des demandes délirantes. Et bien sûr du suspense inhérent à la situation. Va-t-il le faire, ne va-t-il pas le faire ?
C’est ce rapport à la réalité qui est intéressant, le fait que cela pourrait se produire qui a certainement charmé les spectateurs.

Des épisodes marquants
Tous les épisodes ne se valent pas. À mon sens le passage à Netflix a fait diminuer le niveau de la série. Il faut aussi reconnaître qu’il est difficile de jouer à l’infini avec des situations de dystopie. On aura du bon et du moins bon, et parfois des redites. Par exemple, les univers virtuels vont revenir plusieurs fois. On aura un développeur de génie qui enferme ses collaborateurs dans un monde virtuel inspiré de Star Trek. Un autre monde virtuel où des gens âgés font le choix d’être projeté à leur mort. Enfin une puce implantée à l’arrière du crâne qui permet de créer de la réalité virtuelle directement dans le cerveau des gens. Sauf qu’il ne s’agit pas de constituer des meubles Ikea, mais des monstres issus de la peur des gens.
Black Mirror est meilleure lorsqu’elle se rapproche de situations réelles ou connues. Je pense par exemple à ce service qui permet de communiquer avec un mort. La seconde partie est exagérée/anticipée puisqu’on va jusqu’à la création d’un clone, mais déjà, on a des services d’intelligence artificielle qui rendent ce service. Tout comme dans l’épisode, en récupérant les données personnelles d’un individu laissé sur les réseaux sociaux, on peut cloner une personnalité, des réponses, des opinions. L’épisode qui fait penser au crédit social chinois. Dans un monde qui ressemble largement au nôtre, tous les échanges sont notés. Vous saluez votre voisin, vous mettez une note. Vous commandez un burger, vous mettez une note et ainsi de suite. Selon la note sociale que vous avez, vous avez certains avantages, une meilleure voiture de location ou une réduction sur le loyer de votre appartement. On comprend alors la pression sur les individus qui vont tout faire pour être agréable. On tombe de toute évidence dans l’hypocrisie. Dans cet épisode, on suit le parcours d’une jeune femme qui essaie de tout faire pour augmenter sa note sociale. Elle passe même par des spécialistes, des conseillers, pour améliorer sa note.


L’épisode dans lequel un jeune homme est filmé en train de se masturber est assez édifiant. On pense aux histoires avec les brouteurs qui demandent de l’argent, sauf qu’ici, on ne demande pas de l’argent, on force les personnes honteuses à faire des tas d’actions plus ou moins incompréhensibles. C’est extrêmement bien tourné et on peut parfaitement s’identifier aux personnages, la perspective d’une honte, d’une intimité divulguée à la terre entière. Jusqu’où serions-nous capables d’aller pour garder le secret. Enfin cet épisode sur la « merdification » d’un service. Une femme se retrouve avec un problème cérébral important, une entreprise lui propose de sauvegarder son cerveau et de la relier avec une machine distante depuis laquelle elle peut récupérer ses informations. À l’instar de tout service au départ, la publicité, la hausse des tarifs. La femme commence ainsi à envoyer des pubs à son ainsi. Comme à chaque fois, l’exagération est de mise, mais l’idée de base quant à elle, est bien concrète, actuelle.
Black Mirror est une excellente série, qui met souvent mal à l’aise. En effet, elle nous renvoie à nos pratiques, à nos comportements, à une réalité pas si éloignée. Si la série alerte, dénonce, fait de façon indéniable le job, elle est pour ma part équivalente aux messages d’avertissements sur les paquets de cigarettes.
Mercredi, la série de Tim Burton inspirée de la Famille Addams
Il aura été difficile d’échapper à la série Mercredi, je pense pour au moins deux raisons. La première, c’est cette danse qui a énormément buzzé sur les réseaux.
La seconde, c’est bien sûr la présence de Tim Burton à la réalisation. Il faut se rappeler que Netflix cherche toujours à se s’acheter une légitimité. C’est ici un paradoxe. Alors que Netflix était moqué, Netflix a tué le cinéma. On y voit quelque part un peu la même chose que chez les YouTubeurs qui ont plus de succès que la télévision, mais qui aspire à la légitimité en faisant une émission de télé. En s’offrant Tim Burton, Netflix s’offre le réalisateur de Beetlejuice et d’Edouard aux mains d’argent. Nous sommes donc face à un réalisateur connu, reconnu qui va offrir une respectabilité à l’empire de la VOD. À relativiser tout de même, Burton réalise seulement les quatre premiers épisodes de la saison 1, cela reste suffisant pour poser des bases d’une série télé, en tout cas son univers.
On va suivre les aventures de Mercredi Addams interprétée parfaitement par Jenna Ortega. Cette dernière après s’être fait renvoyer de nombreuses écoles pour avoir semé la terreur auprès de ses camarades se retrouve dans une école pour le moins singulière. Il s’agit ici d’une école avec des loups-garous, des vampires, des sirènes et un peu tout le bestiaire fantastique « méchant » qu’on peut imaginer. Il sera très difficile de ne pas voir une transposition d’Harry Potter chez les monstres et c’est exactement cela. La série présente de grandes qualités dans la réalisation, merci Tim Burton. Pour le reste, il s’agit davantage d’une série pour les adolescents avec des intrigues pas très recherchées, des histoires d’amour, d’angoisses existentielles. L’idée dans la première et dans la seconde saison, à l’instar d’un Harry Potter, c’est d’avoir un méchant auquel on ne s’attend pas. Des intrigues, des secrets, souvent des secrets de famille de l’époque des parents. C’est ainsi l’occasion de retrouver Catherine Zeta-Jones dans le rôle de Morticia particulièrement crédible avec Luis Guzmán dans le rôle de Gomez ou encore l’oncle Fétide.
L’ensemble est plutôt bien ficelé, on sent déjà une faiblesse dans la seconde saison pour laquelle l’effet de surprise est passé. C’est plutôt brouillon dans l’histoire et la réalisation ne fait pas tout. Je regarderai certainement la troisième saison par un mélange de curiosité et d’habitude, mais il se peut que j’en reste là.
Paradise mélange de thriller et de post apocalyptique sur fond de crise climatique
Tout démarre dans la chambre du président des États-Unis. L’un des agents spéciaux du président trouve son corps au sol, il a été assassiné. L’enquête démarre et on commence par se rendre compte que les choses ne sont pas normales, et c’est ici que les éléments du passé commencent à se mettre en place. Il apparaît que nous ne sommes pas aux États-Unis tels qu’on les connait, mais au fin fond d’un trou, un trou profond. Une ville entière a été reconstituée pour 25 000 privilégiés. La terre a été victime d’une catastrophe naturelle sans précédent et une poignée d’élus a été choisie pour se cacher dans cette ville construite par une milliardaire.
Toute une panoplie de personnages fait son apparition. Xavier Collins l’agent spécial qui pourrait faire un bon coupable. Ce dernier détestait le président puisqu’il a condamné tout le monde dont son épouse. Sinatra, la milliardaire qui a fait construire la ville. Une femme dure qui a perdu son fils et qui n’a pas vraiment d’états d’âme. Robinson, cheffe de la sécurité et maîtresse du président. Ce qui est intéressant dans la série, c’est qu’on joue sur les deux tableaux. D’une part la fameuse enquête criminelle et d’autre part tous les éléments qui ont conduit à la situation actuelle. C’est particulièrement bien fait avec son lot de trahison, de cliffhangers, de complots. Potentiellement tout le monde pourrait être coupable, la série a l’art de brouiller les cartes. C’est très bien joué, la pression est palpable en permanence, avec une note spéciale pour l’épisode 7 de la saison 1 dans laquelle on voit l’évasion du président pour rejoindre la ville souterraine. Sans spoiler, je vous mets quand même sur la piste des potentielles interrogations et je pense que vous avez une réponse partielle avec la photo ci-dessous. Tout le monde est parti du postulat que la terre a été dévastée par le cataclysme, mais est-ce bien le cas ?
Attention spoil : la série est prévue en trois saisons et en toute logique, les gens n’allaient pas rester enfermés de façon infinie dans la ville. Et comme j’aime souvent à le rappeler, parfois, il n’est pas nécessaire d’avoir fait de hautes études de scénariste pour savoir vers quoi on s’oriente. On se doute que l’épouse de notre héros n’est pas morte et que ce dernier va se lancer à sa recherche dans la saison 2. Ce qui faisait l’intérêt de la série dans sa première saison, c’était le rythme, la pression permanente, le suspense et l’enquête. Dans cette saison numéro deux, c’est moins le cas à tous les niveaux. C’est plus long, c’est moins prenant et c’est beaucoup plus classique. On entre en concurrence avec des séries comme the last of us ou walking deads par exemple, les morts-vivants en moins, dans ce qui pourrait être un monde post-apocalyptique. La référence du genre pour moi étant certainement le livre d’Eli. Nous passons alors d’un thriller à un autre genre et force est de constater que c’est moins réussi. Néanmoins, c’est parfois le cas dans certaines séries, une pause pour mieux redémarrer, je l’espère.

Invincible, le dessin animé de super héros pas comme les autres
Invincible est l’adaptation d’un comics et je vais devoir malheureusement spoiler pour expliquer un peu de quoi il en retourne. Sur terre, on a une panoplie de super héros qui sont organisés en ligues. Omni-Man, on verra la référence à Superman est un type qui vole, très fort, le plus fort. La seule différence en fin de compte, c’est qu’il n’a pas de super souffle et de rayon laser qui lui sort par les yeux. Lui aussi vient d’une civilisation extra-terrestre et s’il est bien intégré aux terriens au point de s’être marié et d’être père de famille, il fait cavalier seul. Mark, son fils arrive à 17 ans et développe enfin ses superpouvoirs, les mêmes que son père. Il commence alors son apprentissage maladroit de super héros. Les problèmes d’adolescence, les copines, la problématique de l’identité secrète et j’en passe. Invincible se présente comme un dessin animé classique dans ses débuts. À la fin du premier épisode, tous les superhéros de la ligue sont réunis dans leur base. Ils ne savent pas qui les a réunis, c’est Omni-Man. Nolan, donc, le père de Mark, tue l’intégralité des superhéros dans une scène particulièrement gore.
C’est à ce moment qu’on comprend que la série invincible n’est pas comme les autres. La série est particulièrement violente, ça pisse le sang de partout et elle réussit habilement à casser les codes tout en jouant sur les mêmes codes du superhéros. La question du pourquoi Omni-Man a tué l’ensemble des superhéros nous tiendra le long de la saison 1. Pour la suite, si on a effectivement une trame principale, la multiplication des personnages très attachants, permet de multiplier les intrigues et de faire trainer la série sur le long terme. Pour le moment long terme n’est pas synonyme de longueur. Il faut dire que chaque saison ne fait que huit épisode et malgré les 50 minutes chacun, l’ensemble reste relativement court.
C’est donc bien, ça intrigue, mais comme la série est un gros succès, je crains l’enlisement. À suivre.
