CRPE à BAC +3, retour à la case départ

Le CRPE est l’acronyme de Concours de Recrutement de Professeur des écoles, soit de façon synthétique, la maîtresse ou le maître (SIC). Face aux difficultés de recrutement des enseignants, Nicole Belloubet actuelle ministre de l’Éducation nationale a la solution. Un retour à un concours BAC +3 au lieu de BAC +5. Sauf que cela va totalement à l’encontre de ce qu’on essaie de nous faire croire depuis des années. En effet, l’idée serait d’imaginer que la qualité de l’enseignement est proportionnelle au niveau d’études des candidats, sauf que dans les faits c’est un peu différent.

Au début, l’École normale.

Plus jeune, mes instituteurs et même quelques-uns de ceux de mes enfants avaient fait l’École normale. Vous noterez que l’appellation a tout son sens. J’évoque ici instituteur et pas professeur des écoles. Pour intégrer l’École normale, il fallait avoir 18 ans et titulaire du BAC. Il est donc intéressant de se dire que tous mes enseignants de primaire étaient moins diplômés que moi qui suis à BAC +4. Et la question qui en découle de façon évidente, mon niveau scolaire est-il moins bon que les enfants actuels dont les enseignants, les jeunes, ont BAC +5. On connait la réponse, la France prend des claques au classement PISA depuis des années, quelle que soit la matière. Dès lors, la loi empirique qui viserait à lier le niveau des élèves à celui de leurs enseignants a du plomb dans l’aile.

On aime à se rappeler des grands-parents ou maintenant arrière-grands-parents qui n’avaient que le certificat d’étude, mais un français et une écriture irréprochables. Des gens qui pourtant n’ont pas fait d’étude, et qui sont parfois partis travailler à l’âge de 14 ans. Nous sommes passés des écoles normales aux Instituts de Formation des Maîtres en 1990. Il faut désormais avoir BAC +3 pour prétendre au concours. Les instituteurs étaient particulièrement mal payés, on avait une crise des vocations, en relevant le niveau, on pouvait remonter les salaires. C’est ainsi que la distinction entre instituteur et professeur des écoles se faisait sur le salaire pour des gens qui au quotidien faisaient le même métier. J’ai connu des gens passer à BAC +3 pour changer de catégorie.

De futures enseignantes, élèves de l’école normale

Nicolas Sarkozy et la masterisation

Nicolas Sarkozy en 2010 décrète la masterisation du concours pour les enseignants et pour les professeurs des écoles. L’homme ne faisant pas les choses à moitié en profite pour « fermer » les IUFM et donner la responsabilité de formation des profs aux universités. Contrairement aux instituteurs et aux professeurs des écoles, exit la différence de salaire.

L’argument avancé par le président Sarkozy, c’est de dire que les enfants méritent des enseignants mieux formés. Dans les faits, c’est 80.000 postes d’enseignants qui auraient été fermés durant le quinquennat. Et c’est ici qu’on voit l’idée. Avec un concours ramené à BAC +5, il est nécessairement plus compliqué de devenir enseignant. En montant ainsi le niveau, on casse des vocations. On casse des vocations pour plusieurs motifs. Les études, c’est cher, les études à BAC +5 ça commence à devenir particulièrement compliqué. Enfin et c’est le dernier point. Demain un jeune a un master de mathématiques, est-ce qu’il tente le concours pour devenir prof de maths ou il tente sa chance dans le privé.

Un travail de sape remarquablement bien mené puisqu’on en est là. Il manque tellement d’enseignants qu’on vise à baisser le concours du CRPE à BAC +3.

Sauras-tu trouver l’intru ?

Un master bien caché pour le CRPE

Il serait bien sûr trop compliqué de se désavouer. En effet, expliquer qu’on repasse à BAC +3 pour le CRPE, c’est dire que c’est suffisant pour enseigner. On ne va pas se mentir, pour enseigner en primaire ou en maternelle, un BAC +3 est largement suffisant. De la même façon, pour enseigner en lycée professionnel, on n’a pas besoin d’un BAC +5.

L’élève passerait donc le concours à BAC +3, serait indemnisé à hauteur de 900 € la première année. La seconde année, il percevrait 1800 € pour avoir une classe à mi-temps tout en passant son master. On voit ici qu’il y a tout de même une méconnaissance du métier, une de plus. En effet, préparer un diplôme de niveau BAC +5 et des cours même pour un mi-temps, c’est le burn out garanti.

Par conséquent, le professeur débutant pourrait enseigner un an plus tôt au moins, à BAC +4 ce qui permettrait de compenser le manque d’enseignants. Cela permettrait surtout à l’état d’éviter d’avoir des gens titulaires d’un master et qui s’interrogent sur les opportunités de travailler dans le privé à BAC +5.

Yoda a plus qu’un master, il est un master.

Un BAC +12 payé 10000 € par mois ne changerait pas la situation

En ce moment, on voit quelques pistes de droite profonde se dessiner. Par exemple, la réforme du DNB ou encore la limitation des écrans. Les solutions de droite sont la seule issue pour le gouvernement face à un RN qui ne cesse de monter dans les sondages. Sanctionner les mauvais parents, avoir davantage d’exigence à l’école, mais de manière tellement timide.

Par exemple, avec le pont que nous venons de passer, de nombreux élèves étaient absents lundi et mardi. Ils ont pris une semaine de vacances avec leurs parents. Et c’est ici que j’ai envie de dire que tout est dit. L’école de la république est bafouée de façon quotidienne. Les enfants ne travaillent pas, ne font pas les devoirs attendus, ne font même pas l’effort de venir à l’école.

On comprend alors que quel que soit le niveau du CRPE ou d’autres concours de recrutement, le problème est ailleurs. Le problème, c’est la place de l’école, les obligations des élèves et des familles. Même si cela peut sembler réducteur, si nos grands-parents et arrière-grands-parents avaient un niveau plus élevé, il faut peut-être se poser la question du pourquoi ? Les perturbateurs endocriniens ? L’espèce qui dégénère ? Et si tout simplement, ils faisaient le travail qu’on leur demande.

La réforme de Nicole Belloubet attirera probablement des candidats. S’ils arrivent à terme de leur master, ils rejoindront les rangs des impuissants que nous sommes tous. Les solutions sont ailleurs, mais changer le niveau d’un concours c’est plus simple que de repenser sa société.

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