La prison Saint-Michel de Toulouse

Quelques jours passés à Toulouse, j’ai pu me rendre au castelet de la prison Saint-Michel. Le castelet de la prison Saint-Michel correspond à son bâtiment administratif, il est désormais classé. Il est possible de le visiter gratuitement et d’en faire une visite guidée particulièrement instructive.

Parenthèse, l’exposition périscope de C215 à la prison Saint-Michel

À l’origine, le but de la visite, c’était de voir l’exposition périscope. C215 est un artiste très connu du monde du street art. Il a représenté, dans le cadre de la prison, des prisonniers célèbres. Mandela, Alfred Dreyfus ou Louise Michel. Pas seulement, des gens qui ont aussi contribué au changement du milieu carcéral. On pense par exemple à Robert Badinter et l’abolition de la peine de mort. Je nous ai inscrit par erreur à la visite guidée en pensant qu’il était nécessaire de s’inscrire pour voir l’exposition périscope. Pris par le guide, nous n’avons pas osé expliquer que nous n’étions pas présents pour cela.

Si vous aimez le street art, Toulouse est une ville plutôt intéressante. L’an dernier, j’avais pu faire l’exposition Mister Freeze dans la maison de la peinture avant destruction du bâtiment. Fin de la parenthèse.

Le castelet, un petit château fort dans le quartier Saint-Michel

Dès la sortie de la station de métro Saint-Michel, vous avez cette statue assez impressionnante du nom d’Ariège et Garonne. La grande statue symbolise la Garonne, la statue plus basse avec la cruche, l’Ariège. Le castelet comme on peut le voir dans la photo ci-dessous ressemble à un petit château. Il s’agit de l’unique entrée de la prison Saint-Michel.

La vocation du bâtiment était multiple. Impressionner, pour faire peur. L’idée, c’était de ne pas vouloir aller en prison. Encore aujourd’hui, le castelet est impressionnant. Montrer un lieu sécurisé, un château fort, un lieu d’où l’on ne s’échappe pas. En ce qui concerne faire peur, il faut savoir qu’à l’époque, les exécutions étaient publiques et réalisées devant l’édifice.

Le castelet n’est pas la prison, qui ne se visite pas, mais juste le bâtiment administratif avec les locaux du directeur.

Un établissement qui se voulait moderne.

La prison est construite entre 1861 et 1869. À cette époque, on réfléchit sur le sens de la prison et on veut réaliser une prison moderne. Pour sa construction, on s’inspire du modèle Philadelphie. Il s’agit d’une tour centrale, la rotonde, au milieu des bâtiments de la prison qui permettent d’observer l’intégralité des couloirs. En fait, c’est un modèle qui diffère un peu de la pensée du début. Au départ, il n’y avait pas de couloir, les cellules formaient un cercle autour de la rotonde. De cette façon, les détenus étaient observés de façon permanente. On rajoutera à cela un isolement dans le silence 23 heures sur 24 et on comprendra l’explosion du nombre de suicides à l’époque.

L’intérêt de cette disposition, c’est de pouvoir contrôler les entrées et les sorties de tous les prisonniers avec un simple individu au centre de la prison. On a donc conservé du concept original cet aspect pour les économies de personnel.

La prison Saint-Michel a fini par accueillir des femmes, ce n’était pas prévu. À l’époque et jusque dans les années 60 c’étaient elles qui étaient responsables de l’entretien du linge des hommes. Cette prison moderne a fini comme les autres par largement se dégrader avec un taux d’occupation particulièrement important. L’insalubrité aussi, pour en faire une des prisons les plus honteuses de France.

Le castelet est divisé en salle qui illustrent à l’aide d’écrans tactiles et de photographies la vie de la prison. L’exposition est particulièrement moderne, ludique avec ses grands écrans. On présente non seulement la topographie des lieux avec une carte interactive, des photos de cellule, mais aussi la période plus sombre de l’occupation.

Des limites de Wikipédia et de la visite solo

J’avais déjà présenté le musée Narbo Via, et à l’époque, j’avais expliqué ma déception sur ce musée. Il se trouve que dans un cadre pédagogique, j’ai accompagné des enfants et que nous avons eu une visite guidée. Il est évident qu’on sent la différence, que les choses prennent un autre sens.

Ici, c’est exactement pareil. Il est difficile de saisir toute l’histoire du bâtiment sans guide. Et c’est ici aussi qu’on comprend la limite de Wikipédia, de l’importance de la multiplication des sources. Si vous regardez la page Wikipédia de la prison Saint-Michel, on écrit qu’il s’agit d’une architecture dite « Philadelphienne » sans préciser la signification. La page la plus complète provient d’une association de quartier, le Busca, dans un article de 2006. Je pense que le guide devait avoir des sources communes ou qu’il a pioché dans cette page.

Cette réflexion me paraît particulièrement importante, car nous avons aujourd’hui le réflexe Wikipédia. Or, Wikipédia n’est qu’une seule source. Demain, nous aurons le réflexe ChatGPT qui, pire, ne mentionne pas ses sources. On rajoutera qu’il s’agit d’une société privée et que l’information qui alimente l’intelligence artificielle est opaque.

Les guides, les pages personnelles, sont autant d’analyses, de points de vue différents qu’on peut croiser. Si parfois, on croit qu’il est mieux d’avoir une information centralisée, qu’on gagne du temps, c’est un leurre. En effet, rien ne garantit que l’information en provenance d’un seul site soit la bonne.

One Comment

  1. L’évolution de la disposition des prisons est un sujet particulièrement intéressant et lié aussi à la condition carcérale, et pas seulement à la difficulté de recruter (déjà à l’époque…)
    Je me souviens vaguement d’un documentaire sur le sujet et sur les doctrines des différents pays…On est loin des fosses aux tigres d’une prison vietnamienne bien française, certes, mais on ne peut souhaiter à personne d’être en prison malgré l’image qu’en ont certains. Mais c’est un autre débat…

    Je passe souvent à coté de la centrale de Poissy, une vieille prison aussi mais moins touristique…

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