Ralph Azham est une bande dessinée de Lewis Trondheim. Il s’agit d’un auteur à l’humour généralement très absurde. Dans ses séries les plus connues, l’incontournable Lapinot et Donjon. Donjon est une œuvre majeure de la bande dessinée francophone qui réunit des dizaines d’auteurs dont Larcenet. J’y reviendrai dans un article consacré, quand j’aurai relu l’intégralité. En 2011, Trondheim sort le premier tome de Ralph Azham. Il sera particulièrement difficile de ne pas faire la comparaison et pourtant la bande dessinée sous plusieurs aspects est meilleure.

Ralph Azham, un antihéros

Le monde d’Astolia est un monde qui peut s’apparenter au moyen-âge. Ralph est un « bleui ». Lorsque la conjonction des deux lunes se produit, certains individus sont bleuis par la lune. Ils ont alors les cheveux bleus et développent un pouvoir. Le pouvoir de Ralph, c’est de dire aux gens le nombre d’enfants qu’ils ont. Un pouvoir qui le fait détester par tout le monde. Il peut dire les avortements, mais aussi les enfants illégitimes issus d’un adultère. Ralph sait se faire détester, il use et abuse de son pouvoir pour provoquer les autres.

Astolia affronte, depuis toujours, un ennemi très puissant. Vom Syrus. Il est dit dans une prophétie qu’un bleui sera l’élu. Les bleuis sont récupérés de façon régulière et présentés à l’oracle pour savoir s’il sera ou non l’élu. Ralph Azham a échoué au test, ce qui le rend encore plus détestable.

Des événements importants vont se produire et chambouler la vie de Ralph. Le premier, c’est le second pouvoir que développe Ralph avec la deuxième conjonction des lunes. Il fait apparaître derrière chaque individu les gens qu’ils ont assassinés. Les morts lui parlent, et lui obéissent. Ensuite, les hommes de Vom Syrus attaquent le village et pousse Ralph à fuir, car ils cherchent à tuer les bleuis.

Douze tomes d’une aventure passionnante, cohérente et parfaitement construite qui réserve un lot étonnant de cliffhangers.

Une galerie de personnages attachants et extraordinaires.

Le personnage de Ralph Azham est passionnant. Comme on peut s’en douter, il sera l’élu. La force de Trondheim dans la création de son personnage consiste à poser le caractère provocateur, indifférent, trolleur, pour faire évoluer son héros. Il devra en effet endosser le rôle de l’élu. Les personnages sont nombreux et pourtant, la série reste parfaitement lisible. En effet, c’est souvent un reproche que je fais aux bandes dessinées qui multiplient les protagonistes. Trondheim a la capacité de faire vivre son petit monde et de donner une destinée à chacun.

Parmi les personnages centraux, Yassou un enfant de dix ans, faux magicien qui se retrouvera vieilli pour devenir un vieillard. Il est le compagnon de route de Ralph Azham, un gamin dans un corps d’un homme de 80 ans. Il passe le clair de son temps à recadrer Ralph qui ne respecte rien, notamment les religions. On pense aussi au père de Ralph qui joue un rôle fondamental dans l’histoire. Cet homme âgé voue une fidélité sans faille à son fils alors qu’il se comporte comme un imbécile les trois quarts du temps.

Ralph croisera de nombreux personnages dont le roi, un personnage central. Je ne pourrais malheureusement pas en dire plus sans spoiler.

Ralph Azham pas du tout une copie de donjon

Avec un héros qui pourrait faire penser à Herbert de Vaucanson du fait de l’anthropomorphisme et que Ralph est un canard, on pense d’entrée de jeu à donjon. L’aspect fantasy avec les personnages qui ont des pouvoirs, l’univers, y contribuent encore. Et pourtant la construction de Ralph Azham est bien meilleure.

Alors que donjon multiplie les pistes, les dessinateurs, les auteurs, pour du bon et du moins bon, nous sommes face à une aventure linéaire, « carré ». Le fait que Trondheim soit aux commandes de l’œuvre du début à la fin donne une cohérence totale à la bande dessinée et dans le dessin et dans l’histoire.

Si on connaît Trondheim pour des positionnements absurdes, Ralph Azham en outre reste une bande dessinée totalement abordable. Oui, certaines répliques sont idiotes et ne rentreraient pas dans une « véritable » histoire et cependant ici tout fait mouche.

L’évolution des personnages, leurs relations, les réflexions sur le pouvoir font de la série une bande dessinée qui ne se limite pas à une grosse plaisanterie. Ralph Azham malgré les apparences est certainement l’une des meilleures bandes dessinées de fantasy.