Le scorpion est une bande dessinée de Desberg et de Marini. Évoquer Marini c’est déjà la base d’un dessin solide et de filles magnifiques dans des positions lascives. Le scorpion ne se limite pas qu’à ça, même si cela contribue largement au succès. La série qui compte 14 tomes au moment où j’écris ces lignes fait partie des bd qui ont franchi le cap du million d’exemplaires.

Un hommage aux films de capes et d’épées

Dans les années 50 à 60, le style capes et d’épées est majeur dans le cinéma français. Parmi les stars de l’époque, incontestablement Jean Marais qui joue dans les plus grosses productions françaises. Il faut vraiment comprendre l’importance du genre, Bourvil, star incontournable de l’époque participe au genre. Un film comme le bossu aura attiré quasiment 6 millions de personnes en salle.

Dans les films de capes et d’épées, l’action se déroule au XVII° siècle, avec toujours à la clé des hommes bafoués qui viennent se venger. Des situations improbables, un véritable méchant qui retient souvent une jeune femme. La promise du vengeur.

De l’action, du rebondissement, des trahisons, de l’amour, tous les éléments sont réunis pour l’aventure. Force est de reconnaître toutefois, avec un peu de recul, qu’on est dans le ridicule, tellement l’exagération, les emphases, sont de mise. Le style tombe totalement en désuétude à la fin des années 90. Le dernier film du genre sont les Aventures de Philibert, capitaine puceau, une parodie datée de 2011.

Comme on ne se moque que de ce qui est ridicule, on comprend que désormais le genre est ringardisé. S’il fallait y chercher un motif, peut-être que notre société plus violente ne peut se contenter de dames en belles robes, de romance, d’épées et de gentilshommes. L’héroic fantasy comme dans Game of Thrones ou l’époque médiévale sont propices à plus de barbarie, à des héros largement plus badass.

Le scorpion, une marque bien lourde à porter

Le scorpion est un aventurier qui s’est spécialisé dans le pillage de tombe. Il vit de vente de reliques dans la ville de Rome. On notera que le fait historique, la romanité, est un sujet déjà abordé par Desberg avec la série Cassio, tout comme l’Égypte où le scorpion se rendra à partir du tome 13. Du jour au lendemain, Armando Catalano alias le scorpion, se retrouve poursuivi par les moines guerriers du cardinal Trebaldi. Ce dernier veut en effet sa mort, et sera ainsi le grand méchant de l’histoire.

Si l’auteur décompose sa bande dessinée en plusieurs cycles, l’aventure ne présente pas de césure sur les douze premiers tomes. En effet, la trame principale, consiste à comprendre pourquoi le cardinal qui deviendra le pape, veut la mort du héros. Vous remarquerez que pour la situation absurde, on est servi. Le pape, entouré de moines guerriers qui a été intronisé de force, veut la mort d’un homme. Pour la vengeance, car cela fait partie du genre, Trebaldi serait responsable de la condamnation à mort de la mère du scorpion dans sa jeunesse.

Duels, filles qui tombent dans les bras du héros, ami fidèle, des « je me vengerai » toutes les trois pages, toutes les cases sont bien cochées.

Une bande dessinée qui ne s’essouffle pas

L’un des principaux problèmes de la bande dessinée franco-belge, c’est la poule aux œufs d’or. En effet, lorsqu’une série rencontre le succès, les auteurs font tout pour prolonger leur œuvre au détriment de l’intérêt. Avec le scorpion, même si on enchaîne les situations totalement inutiles, comme rechercher la croix de Pierre pour dénoncer le pape, tout fonctionne. Je pense que le mystère qui plane autour de la naissance du scorpion, des différents personnages, maintiennent parfaitement le suspense jusqu’à la révélation finale.

Le scorpion est ainsi une bande dessinée particulièrement réussie. Lorsqu’on vous fait une petite révélation, on est capable de rebondir sur un nouveau mystère sans lasser le public. L’hommage est donc parfaitement respecté pour le ridicule, et correspond parfaitement à l’esprit capes et d’épées. Pas que le ridicule bien sûr, mais la fonction première, le divertissement.

Attention, ce que je dis reste vrai jusqu’au tome 12 qui achève réellement pour moi la bande dessinée. Et pourtant, les auteurs ont laissé, dans un des albums, une piste permettant de rebondir sur une nouvelle aventure. À partir du tome 13, ce n’est plus Marini qui dessine, il a quand même tenu vingt ans et le dessin s’en ressent. Desberg arrive tout de même à embarquer le lecteur avide, dans une nouvelle histoire qui tient la route.

Avide, il faut en effet vraiment avoir envie de suivre ces nouvelles aventures. Je m’arrête pour ma part à la première saison.

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