L’intelligence artificielle, une amie qui ne vous veut pas du bien

Chaque année son lot de nouveauté et je dois reconnaître qu’en 2022, c’est certainement l’intelligence artificielle qui m’a le plus marqué. Quelques explications.

ChatGPT l’intelligence artificielle

En novembre 2022, est parue la première version publique de ChatGPT, une intelligence artificielle et grand public. Plutôt que de vous faire une longue explication, rendez-vous sur la page Wikipédia pour les origines. Pour le reste, ces trois images.

Pour accéder à l’interface ci-dessus, il suffit de se connecter à l’adresse suivante. Bien évidemment, il sera nécessaire de créer un compte, Google ou Microsoft par exemple peuvent être associés. On vous demandera un numéro de téléphone.

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de rappeler que si c’est gratuit, c’est vous le produit et ici, c’est encore gratuit. On se rappelle qu’une intelligence artificielle, c’est un gros ordinateur qui fait des calculs. Ce gros ordinateur, c’est de l’électricité, ce sont des développeurs, il faut donc de l’argent. La question de la monétisation finira bien par arriver tôt ou tard. L’association avec votre compte Google, votre téléphone, nous permet d’avoir une idée.

Car, et Google ne s’y trompe pas, il voit dans ChatGPT son pire ennemi. Vous noterez par exemple la dernière requête sur Pelé, il est bien plus agréable d’avoir une réponse directe que d’obtenir une liste de liens. On peut imaginer alors une réponse qui contiendrait des contenus sponsorisés. De ce côté, pas d’inquiétude, on saura vous vendre quelque chose.

Pas besoin de digresser pendant des heures, ChatGPT va bien plus loin que tout ce qu’on peut imaginer, il ne s’agit plus de recherche ou de questionnement, mais bien de rédaction.

Une usine à chômeurs et à crétins

Les utilisations qu’on peut avoir de l’outil sont infinies avec l’idée principale, le côté pratique, la béquille. Vous êtes encore capable de vous déplacer en voiture, mais force est de constater que c’est plus évident avec un GPS. Vous pourriez encore vous débrouiller avec une carte, mais ce serait plus compliqué. Dans cinquante ans, quand les hommes ne sauront plus conduire, la perspective sera différente. J’aborderai ce point en détail plus loin.

La demande de rédaction d’un problème sur les fonctions linéaires, ma capture numéro 2, n’est pas anodine. L’ensemble des enseignants s’inquiète de voir arriver des thèses ou des devoirs intégralement rédigés par ChatGPT. On va introduire d’ailleurs un procédé de façon à distinguer les textes rédigés par l’IA. Les enseignants les plus optimistes diront que nous avons survécu aux différents outils comme les moteurs de recherche ou les calculatrices. Je leur donne raison, mais pour moi, le problème est ailleurs.

Une fabrique de crétins

On peut s’interroger sur l’intérêt de demander à un jeune de rédiger quelque chose qui peut être fait par une IA. Ce n’est pas une question en l’air, mais bien une question de fond. C’est certainement ici que les IA ont du sens, alléger les individus des tâches ingrates. On pense notamment aux journalistes qui font des piges sur des événements qui ne méritent pas de véritable traitement de fond, des résultats de foot par exemple.

Le véritable problème, c’est le remplacement d’une compétence par une autre. J’évoquais plus haut le fait que dans cinquante ans les hommes ne seront plus capables de conduire. Après tout, pourquoi pas, mais par quelle compétence vont-ils remplacer la conduite ?

En tant qu’enseignant, nous constatons que nos élèves ont un niveau qui baisse. On peut biaiser, on peut raconter ce qu’on veut, tout adulte qui fréquente des jeunes au quotidien voit le niveau baisser en français, en maths. On constate des difficultés de concentration, des baisses de motricités, etc. Tout ceci serait acceptable si les jeunes avaient remplacé des compétences perdues par d’autres. Il apparaît qu’ils ne sont pas forcément doués dans le numérique et que les compétences perdues sont remplacées par des loisirs.

Et c’est ici le cœur du problème. Nos jeunes ne développent pas de véritables compétences dans de nouveaux domaines, ils deviennent stupides. Ce type d’outil est un catalyseur, un parmi d’autres qui nous précipitent vers la fin du monde.

L’intelligence artificielle, une usine à chômeurs

Ne nous leurrons pas. Comme je l’ai expliqué, on peut se dire que des tâches ingrates remplacées par des IA, c’est autant de temps libéré pour faire de la qualité. Malheureusement, dans un monde dans lequel le seul maître reste l’argent, l’intelligence artificielle sera utilisée pour supprimer des emplois. Comme la robotique auparavant.

Pas que les journalistes qui sont concernés, mais les secrétaires, les chauffeurs, un peu tous les métiers en fin de compte. En effet, dès que vous pourrez associer IA et robotique, vous aurez la combinaison magique pour supprimer des milliers d’emplois.

En soi, supprimer des emplois n’est pas un problème si chacun arrive à tirer son épingle du jeu. On comprend qu’il y a ici plusieurs enjeux de société. Si des gens n’ont plus de travail, ils ne peuvent plus vivre correctement. Parallèlement, la consommation de matières premières d’énergie pour la robotique et l’intelligence artificielle induisent des problèmes écologiques.

Pour l’aspect sociétal, si les gens ne travaillent plus, il sera certainement temps de reparler de revenu universel et de taxation du travail des machines. Les IA ne résolvent pas les problèmes, elles en rajoutent de nouveaux.

L’intelligence artificielle s’en prend aussi à l’art

L’image que j’ai choisie pour illustrer sur le site, que vous ne voyez peut-être pas si vous passez par le flux RSS est celle-ci.

Il s’agit d’une image générée par Dall-E. L’idée cette fois, c’est à partir d’une phrase, de générer une image. J’ai demandé une image de chat roux, une peinture à l’huile. La qualité peut semble discutable, pour ma part, c’est suffisant. Bien sûr le logiciel est limité. J’ai tenté d’avoir un chat roux qui envoie des éclairs par les yeux ou avec une cosmo-énergie, cela n’a pas fonctionné.

À l’instar de ce qui précède, on peut y voir une menace pour l’art. C’est déjà le cas puisqu’on a déjà vu dans les articles qu’une intelligence artificielle avait fabriqué une nouvelle chanson de Nirvana. Pour ma part, j’y vois un intérêt plutôt simple : se débarrasser de la problématique du droit à l’image. Exit ici le droit d’auteur, pour l’instant, comme c’est un outil qui a généré l’image. On imagine à court terme les stocks images que vous avez sur l’internet, ressources pour illustrer les articles disparaître. Je sais que pour ma part, je vais utiliser plus régulièrement l’IA pour mes images.

S’il y a bien un secteur dans lequel l’homme devrait pouvoir s’illustrer par rapport à la machine, c’est celui de l’art. Pas si sûr. Il devient de plus en plus compliqué de distinguer le travail d’un humain de celui d’une intelligence artificielle.

On voit le piège se refermer, c’est de notre utilité dont il est question.

Le problème n’est pas l’intelligence artificielle, mais sa règlementation

On nous donne souvent la sensation que le progrès est en marche, que les choses sont irrémédiables. C’est faux. Les IA sont présentes, il faut compter avec, je ne serai pas le dernier à m’en servir. Outil puissant qui remplacera peut-être les moteurs de recherche, certainement un peu plus aux détriments de nos sites, il sera difficile de les éviter. Dans cette dernière phrase, il faut aussi comprendre que si on se plaint de la centralisation, qu’en sera-t-il demain ? En effet, Google avec ses 80 % de part de marché vous emmène vers une multitude de sites. Avec l’IA, vous restez cloisonnés dans un seul programme. C’est la fin de la diversité et un accroissement de l’appauvrissement culturel.

Néanmoins, de la même manière que vous ne pouvez pas acheter librement un pistolet mitrailleur en grande surface ou rouler à 180 km/h sur les routes de campagne, il faut réguler.

C’est au rôle des états d’imposer les développeurs, les sociétés pour savoir ce qu’on accepte ou non pour le bien de la population. Si l’union Européenne a fait plier Apple pour les chargeurs USB-C, elle doit encadrer l’utilisation et le fonctionnement des intelligences artificielles. Intégrer des technologies qui garantissent quand l’écriture, l’œuvre est la production d’un humain ou d’une machine.

Il sera nécessaire de réfléchir au projet de société auquel on aspire. Si de façon inéluctable, les robots et les intelligences artificielles vont nous remplacer pour le travail, qu’adviendra-t-il des journées de l’homme ?

8 Comments

  1. Sacré billet de gauchiste, on risque de s’évanouir.
    J’ai testé ChatGPT, on peut arriver à des limites.
    Demande-lui un billet de blog sur l’AI, ça sera lisible, mais ce n’est pas toi.
    Je lis Cyrille Borne, sinon je ne viens pas sur ce site. Et l’AI n’est pas capable de générer ce que tu génères.
    Le seul moyen de le faire serait que TU crées l’AI (enfin ses connaissances).
    Tu touches par contre du doigt (gauche) : il y a de la création humaine qui est indigente et existe pour exister (je pense à la presse régionale en ligne qui publie des comptes-rendus chiens écrasés par exemple, les métiers pénibles (qui ne demandent pas forcément de l’AI mais aussi de la robotique par exemple).
    In fine, que deviendront les humains faisant ça ?
    Revenu universel et salaire à vie sont de bonnes pistes à creuser, mais opur ça faudrait des gens compétents dans le processus décisionnel, hors la « fabrique à crétins », les crétins sont souvent aux manettes (gouvernements et entreprises)…
    Ouf.
    Ce commentaire longuet a été produit par une non-intelligence…
    Ha et je rajoute : si la société qui crée l’AI copyrighte la production, ça ne va pas aller de demander du gratuit sans contrepartie comme ton illustration par exemple.

  2. Disons qu’il ne s’agit pas vraiment d’un commentaire de gauche mais plutôt d’un état de fait. Partant du principe que tu as des gens qui sont présents et bien présents, la solution qui consiste à les faire crever la bouche ouverte n’est pas bonne. C’est comme l’utilisation de Tiktok ou des réseaux. On a laissé les outils se développer sans que les états n’y mettent leur nez et trouve leur mot à dire. Aujourd’hui tout le monde est dépassé par la situation et se plaint d’avoir créé un monstre sans avoir même réfléchi aux solutions.

    Pour le reste je te rejoins aussi, je vais lire quelqu’un ou je regarde un artiste, un film, une œuvre d’art par rapport à la personnalité de l’auteur. Seulement le problème que je souligne, à savoir l’enfermement dans le logiciel de l’IA fermera les portes de beaucoup de monde sauf réussir à s’intégrer à l’IA comme on se fait indexer par un moteur de recherche.

    C’est un peu la fin de la liberté d’expression, il restera les réseaux sociaux …

  3. parfaitement d’accord et on peut s’interroger sur tout ce qui simplifie les choses au point qu’on ne comprend plus ce que l’on fait. Dans mon métier, une personne a émis l’idée d’automatiser pour éviter des erreurs de saisie manuelle…OK, bon, j’ai refusé pour l’aspect économique d’abord parce qu’il m’aurait fallu 20 ans pour rentabiliser le truc….mais c’était aussi parce que je suis capable de repérer l’erreur humaine quand je vois des saisies bizarres, mais l’erreur qui sera du à des soucis de temporisation, de rapport signal/bruit etc, je vais plus galérer pour le voir à la validation. Et celui qui viendra après moi qui ne connaît pas tout le fonctionnement du calcul etc sera comme une poule devant un couteau.
    Donc effectivement, il faut parfois ne chier pour comprendre ce qu’on fait, quitte à faire des bêtises parfois.

    Alors en plus pour du redactionnel, déjà que c’est pauvre dans la presse, ça n’ira pas en s’arrangeant

  4. L’humain tend à se délester d’un pouvoir rationnel et d’une subjectivité qui en fait son originalité, sa diversité, sa singularité.
    Une IA sait faire une musique, un livre ou une œuvre d’art. Soit c’est cool, mais avez-vous envie de lire ou d’écouter une IA ou Pierpoljak (pas le chanteur, enfin c’est vous qui voyez) ?
    L’outil existe et se développe parce que nous désirons l’utiliser. Nous désirons l’utiliser par curiosité autant que par paresse.
    Gagner du temps pour du loisir ce n’est pas ça le progrès social que l’on peut souhaiter, c’est un monde à la Wall-e vers lequel on se dirige si on ne demande pas une régulation européenne et internationale.

  5. C’est fou mais ces 10 dernières années, on tend à s’approcher de véritables IA telles qu’on les imaginait dans les films de science fiction. Le test de Turing est en pls. Maintenant reste à voir si elles peuvent apporter de la valeur ajoutée dans le monde du travail, par exemple remplacer les « téléconseillers » de ton opérateur téléphonique.

    Dans le domaine de l’art on peut aussi citer le deep fake. Peut-être qu’une IA sera capable dans le futur de faire un film de A à Z sans acteur ni réalisateur. Nul doute qu’il va y avoir des problématiques de droit à l’image.

  6. oui c’est inquiétant!
    pour plusieurs raisons

    pour l’emploi, comme d’habitude quand il y a des nouveaux outils, des nouvelles technologies… pour toute une gamme de métiers, de domaines comme les téléconseillers bien sûr, les SAV, les notaires, les médecins…
    quoi? les médecins? t’es fou? bah pas sûr, quand je vais chez le médecin, il passe déjà plus de temps sur son écran qu’avec moi!
    il pourra y avoir une baisse de qualité du service remplacé par une IA, mais on le vit déjà assez mal avec les robots qui répondent au téléphone dans les administrations ou dans les entreprises
    mais du moment que c’est rentable…

    après il y a la question angoissante de la singularité
    même si c’est pas encore ça, les machines progressent à grande vitesse et on met toute notre énergie pour les concevoir, les utiliser et leur fournir tout notre savoir
    et au bout du compte? dans 10 ans, 20 ans,… on ne sait pas exactement, si il n’y a pas de catastrophe majeure, les machines seront bien plus intelligentes que nous! une intelligence différente bien-sur
    mais si on perd le contrôle, et on est quand même bien des crétins, bein on sera la poule qui a trouvé un réveil, un papillon qui croise un humain (bien que…) et on ne sera plus l’espèce dominante sur la planète
    si on se fait pas décimé, cultivés, esclavagisés comme dans les pire scénarios de SF…

  7. Bonjour,
    Excellente réflexion Monsieur Borne, toujours un immense plaisir à
    vous lire, continez à nous éclairer !
    Cordialement,
    Franceschini A.

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