One shot, numéro 7

Pour ce one shot numéro 7 : une dystopie dans laquelle notre cerveau est relié à la « machine », l’invasion des extra-terrestres, mais pas celle qu’on croit, le nazisme vu par une enfant.

Ce que nous sommes

On a déjà vu que Zep ne s’était pas arrêt à l’humour pipi caca de Titeuf avec une bande dessinée plutôt écolo. Ce que nous sommes est un one shot très similaire. Dans le futur, on a connecté l’homme à un deuxième cerveau, électronique bien sûr. Pas toute la planète, seulement ce qui ont les moyens de se l’offrir. Ce second cerveau permet d’apprendre tout un tas de choses, mais aussi de développer des pouvoirs : télékinésie, télépathie. Il permet aussi de créer des univers virtuels plus vrais que natures puisqu’ils se déroulent dans le cerveau même. Notre personnage principal par exemple communique avec ses parents décédés. Leur représentation a été gravée dans sa mémoire qui le simule comme s’ils étaient vivants.

Lors d’une soirée, notre héros, un homme particulièrement arrogant et qui le dernier modèle de cerveau électronique, se fait voler l’intégralité de ses données. Il va se retrouver dans l’autre monde, comme un enfant qui a perdu toutes ses connaissances. À l’instar de The End, le dessin est une véritable réussite avec ce choix de couleurs pastels qui casse complètement avec l’univers de Titeuf. Tout comme The End, je suis plus partagé pour le scénario qui finalement n’a rien de bien innovant.

Enki Bilal, par exemple, avec sa bande dessinée bug, va plus loin et présente un monde dans lequel l’internet mondial planterait. L’aventure de l’homme qui perd tout est un classique, la bande dessinée S.O.S Bonheur de Van Hamme imaginait déjà en 1984 une dystopie similaire. Un homme était effacé des fichiers centraux, il perdait ainsi tous ses droits malgré son haut poste dans la société.

Bande dessinée particulièrement classique, mais de qualité où l’on comprendra que pour se reconnecter à soi-même, il faut se déconnecter.

Soucoupes

Dans ce qui semble être les années 50, des soucoupes débarquent. Christian, la cinquantaine, se partage entre sa mère qui perd la tête, sa femme et sa maîtresse. Aigri, il ne voit pas les extra-terrestres comme une bénédiction. C’est pourtant l’un d’eux qui débarque dans sa boutique de disque. Christian qui fait penser un peu à un rôle de Jean-Pierre Bacri, ne s’étonne de rien et lui fait découvrir l’art, le monde. Une étrange amitié se noue entre les deux personnages.

Tout d’abord une réussite graphique évidente. L’ensemble fait penser en effet aux films des années 50. L’extra-terrestre totalement muet dans son scaphandre n’a rien d’effrayant et fait penser à une caricature avec son long tube de verre pour tête. Comme je l’ai écrit plus haut, le positionnement de Christian en homme blasé est amusant. Pas effrayé, pas vraiment curieux, Christian fait visiter des musées comme il montre du porno à son visiteur.

S’il fallait trouver une morale à cette bande dessinée, je ne sais pas trop ce qu’on peut y voir. L’amour de l’art de façon évidente, une critique de la vie, la fraternité. Je vous invite à lire cette bande dessinée et noter dans les commentaires ce que vous y avez trouvé.

Immonde

Dans une petite ville en proie au chômage, on découvre un composant dix fois plus efficace que l’uranium. La ville qui mourait autrefois se développe et c’est ainsi que Nour quitte Paris avec son père pour s’installer. Il va travailler à la centrale dans laquelle l’accueil est plutôt glacial. On comprend pourquoi. Du personnel qui disparait, d’étranges mutations. Nour se lie d’amitiés avec des « nerds » du coin. Ces derniers réalisent des films d’horreur avec des monstres et sont fans de série B. Lorsqu’on voit la couverture de l’album, on comprend que la réalité va dépasser la fiction.

C’est un bon one shot dans le sens où je l’ai lu d’une traite malgré les plus de 200 pages. Néanmoins, je trouve qu’Elizabeth Holleville mélange un peu tous les genres. La science-fiction bien sûr, mais aussi les relations entre les adolescents. En effet, les personnages se cherchent, et dans leur positionnement face aux autres mais aussi dans leur sexualité. On a l’impression que l’autrice veut tout dire, trop en dire. Ouvrage horrifique ? Romance ? Critique du capitalisme ? Pas évident de savoir.

Derrière le rideau, le one shot coup de cœur

On a beaucoup écrit, tourné sur le nazisme, au point qu’il devient complexe de faire sans donner la sensation de déjà vu. Derrière le rideau apporte pour moi un éclairage différent sur cette période sombre avec une narration par une enfant. Pas seulement d’ailleurs, Yaël et sa sœur ont la « particularité » de n’avoir que leur mère juive. Selon la tradition, elles sont aussi juives puisque très pragmatique, la religion juive dit qu’on sait toujours qui est la mère. Leur mère meurt assez rapidement si bien qu’elles sont élevées par son père et sa belle-mère qui ne sont pas juifs. La bande dessinée documente d’ailleurs ce point, parce que la question se pose, sont-elles considérées comme juives par les autorités ?

À travers les yeux d’enfants, on verra la montée de l’antisémitisme français, la famille qui s’enfuit, mais pas seulement. On traite aussi de l’absence de la mère et du remplacement par la belle-mère. Un one shot remarquablement écrit à la fin qui ne laissera personne indifférent.