D’après Wikipédia le vampire apparaît pour la première fois en 1725. C’est le livre de Bram Stocker, Dracula, publié en 1897 qui pose les bases du personnage. Il faut dire que le vampire est un « bon client » pour des histoires dramatiques et romantiques.

Immortel, le vampire traverse les époques et ne peut trouver l’amour. Il doit boire le sang de ses victimes pour survivre. Parfois, il le fait avec remords comme chez Anne Rice où dans entretien avec un vampire, le héros préfère les rats. Le vampire est de plus un personnage de séduction qui représente comme on peut s’en douter le danger pour des jeunes filles vierges.

Le vampire est donc un être torturé s’il n’assume pas sa vraie nature, romantique et bestial, fort et fragile à la fois. Logique qu’on retrouve des tonnes d’histoires et de variantes au cinéma, dans la littérature, et dans la bande dessinée.

Le manoir des murmures

En 1949 des enfants sont réunis dans un manoir, ils sont « malades ». Sarah fait partie de ces enfants, on lui explique que ses parents ont été tués par un virus nazi. Il est important qu’elle prenne bien son traitement, car elle aussi est contaminée. Elle se rend compte que le manoir n’est pas un hôpital, mais plutôt une prison, que son traitement n’est pas contre le virus. Des hommes en armes, des prisonniers. Et puis Sarah finit par entendre une voix qui l’appelle, qui essaie de lui faire comprendre la vérité. Sarah finit prendre conscience qu’elle est un vampire. Sarah va devoir choisir son camp.

Le manoir des murmures est une trilogie particulièrement dynamique et plutôt bien pensée. On ne s’arrête pas aux vampires, mais aux monstres dans leur globalité. Une guerre qui oppose ces fameux monstres à des chasseurs depuis des centaines d’années. Ces derniers essaient de neutraliser, par la science, la maladie qui fait le monstre. Trouver un remède, sauf quand le monstre assume sa bestialité et qu’il ne veut pas guérir. Beaucoup d’action, des combats dignes des mangas, un dessin qui fait penser aux comics, une bande dessinée qui va à l’essentiel.

La terre des vampires

Décidément, le thème du vampirisme tient à cœur à David Muñoz auteur du manoir des murmures. De nos jours, le soleil a disparu. Les vampires qui jusqu’à maintenant étaient discrets, sans le soleil, plus rien ne les arrête. On suit les aventures d’une femme et d’un groupe d’enfants pris en charge par un « policier » vampire. En effet, avant la disparition du soleil, une unité régulait la population de façon à ce que celle-ci soit discrète et peu nombreuse. Malgré la tentation, il se met au service de ces derniers humains restants.

Beaucoup plus classique que le manoir des murmures avec son vampire gentil qui retrouvera son ancien compagnon devenu méchant. Tout comme le monde post-apocalyptique ou les relations entre les individus. La bande dessinée reste un bon divertissement.

Requiem chevalier vampire

Bande dessinée scénarisée par Pat Mills et dessinée par Olivier Ledroit. On avait déjà croisé Ledroit à ses débuts dans les chroniques de la lune noire, bande dessinée avec laquelle il sera difficile de ne pas faire la comparaison. Heinrich est un soldat nazi qui meurt en 1944 sur le front russe. À son réveil, il n’est pas en enfer, mais sur la planète résurrection. Il est réincarné en vampire. L’enfer finalement n’est pas si éloigné de la planète résurrection. Monde où la cruauté est reine, les individus sont réincarnés selon leur degré de crimes. Par exemple, les fanatiques religieux sont devenus des loups-garous, les goules sont des individus qui étaient persuadés de faire le bien. Il n’y a pas que les individus nauséabonds qui sont réapparus mais aussi leurs victimes sous forme de lémures.

Heinrich, de son vivant, était éperdument amoureux de Rebecca. Le jour où il découvre qu’elle est juive, il continue de l’aimer mais se met à la battre. Leur relation amoureuse est complexe, et prend fin quand il la laisse partir pour les camps. Ces deux derniers se retrouvent sur résurrection et contre toute attente, leur amour, totalement interdit, se poursuit malgré la haine qui anime Rebecca.

Au moment où j’écris ces lignes, la bande dessinée est en 11 tomes. Le trait de Ledroit est à la hauteur de cet univers complètement fou. Nous sommes en effet dans le gigantesque, dans le gothique, on ne compte plus les doubles planches. Ledroit expose ici un talent très impressionnant dans des planches de batailles ou dans des architectures hallucinantes. Malheureusement, si le dessin impressionne, pour l’histoire, c’est un peu différent. On enchaîne les très nombreux personnages, les guerres de clan, avec comme fil conducteur l’histoire d’amour de Heinrich et Rebecca. Requiem rentre davantage dans les bandes dessinées que l’on regarde, plus qu’on ne lit.

Rapaces

À l’instar de Requiem, rapaces est une bande dessinée qu’on retiendra davantage pour son dessin que pour son histoire. Aux commandes en effet, Marini, à qui l’on doit le scorpion ou les aigles de Rome. On pouvait attendre mieux avec Jean Dufaux, scénariste chevronné de la bande dessinée franco-belge. L’histoire démarrait pourtant bien. De nos jours, une série de meurtres avec pour point commun une aiguille plantée derrière l’oreille, la victime vidée de son sang. Il apparaît qu’il s’agit de vampires dont la race s’est affaiblie avec les années. Les meurtriers sont un couple de vampires qui ont gardé la force originelle de l’espèce et qui se vengent.

L’enquête va être menée par la très jolie inspectrice Lenore. Elle va se rendre compte que les vampires sont de partout, y compris dans sa famille, et se laisser séduire par les deux dissidents.

Un dessin magnifique et une histoire pas forcément commune, les bases étaient vraiment bonnes. En effet, en 1998, les vampires ne sont pas à la mode, il faudra attendre 2008 avec Twilight au cinéma pour remettre les vampires au sommet de l’affiche. Malheureusement, la bande dessinée fait dans la facilité, préférant privilégier les planches de sexualité et de violence au détriment d’un scénario qui méritait mieux.

Je suis légion / Les chroniques de légion

Il s’agit ici d’une variante du mythe classique du vampirisme mais c’est bien le mot vampire qui est utilisé dans la bande dessinée. Durant la guerre de 39-45, deux événements se produisent. En Angleterre, un homme très riche est retrouvé mort dans des circonstances étonnantes, totalement vidé de son sang. De l’autre côté, en Transylvanie, les nazis utilisent une petite fille capable de prendre le contrôle des individus avec son sang. On comprendra plus loin dans la bande dessinée principale, je suis légion qu’il s’agit de l’affrontement entre les frères Radu et Vlad Tepes. Ce dernier étant plus connu sous le nom de Dracula.

Contrairement aux autres récits, plus classiques, le vampire a besoin d’une enveloppe charnelle pour vivre. Il remplace ainsi la personnalité de l’hôte pour prendre sa place. Je suis légion est une bande dessinée solide, qui tient la route, avec une bonne enquête, mais plutôt éloignée de l’esprit du vampirisme, avec un côté très froid. J’ai préféré, je suis légion, plus romantique, où l’on suit les deux frères à travers les siècles dans leurs différentes incarnations et l’explication de l’origine de leur pouvoir.

D

D est une bande dessinée qui à l’époque a déçu beaucoup de monde, un malentendu en fait. On retrouve en effet le tandem Alain Ayroles et Bruno Maïorana à qui l’on doit la bande dessinée Garulfo. Une bonne partie du public dont je fais partie s’attendait à une parodie de Dracula, ce n’est absolument pas le cas.

Richard Drake, l’aventurier, est de retour à Londres. Il cherche à financer une nouvelle expédition et fréquente en attendant les diners mondains. Il rencontre mademoiselle Lacombe dont il tombe amoureux. Malheureusement, elle est la proie d’un vampire. Si au départ Drake reste totalement incrédule face à une menace fantastique, l’explorateur finit par se mettre en chasse.

Bande dessinée aux qualités graphiques évidentes, il s’agit de la dernière bd de Maïorana qui comme d’autres a jeté l’éponge. C’est un métier qui malheureusement ne paye pas. Les dialogues sont au rendez-vous, Ayroles est quand même un maître du bon mot entre Garulfo et surtout de cape et de crocs. Malgré tout, et pour seulement trois tomes, j’ai trouvé la lecture plutôt laborieuse. J’ai fini le livre, car on arrive au tome 2 à une ambiguïté autour du personnage de Drake, dont le nom commence par… D. Et si c’était lui Dracula ?

Ayroles avait donné une interview à la fin de la trilogie, elle est intéressante pour mieux comprendre la bande dessinée.

La chronique des immortels

Andrej Delany revient dans le village dont il a été banni. Il retrouve son fils à l’agonie, il doit l’achever. Le village a été massacré, il ne reste qu’un enfant, Frédéric, qui a réussi à se cacher. Ceux qui n’ont pas été tués ont été déportés. Andrej et Frédéric partent à la recherche des survivants. Au cours d’une attaque, on réalise que les deux individus se remettent très rapidement de leurs blessures, y compris les plus graves.

Si le mot vampire n’est jamais prononcé, les personnages ne connaissent pas l’origine de leur pouvoir qu’on expliquera plus tard dans l’ouvrage. Ils savent juste qu’on leur en veut et qu’ils sont maudits. La bande dessinée en sept tomes actuellement n’a pas vu de nouvel opus depuis 2016. En « temps bd », on peut craindre un abandon de la série pourtant excellente. Un dessin magnifique, une excellente narration, un mystère autour du pouvoir de régénération des héros et cette quête des survivants dans laquelle s’accumulent les ennemis.

La relation entre Andrej et Frédéric est pertinente. Il s’agit en quelque sorte de la relation entre le maître et le disciple. On y retrouve le schéma classique de l’élève qui désobéit et qui veut s’engager sur la voie du sang et de la violence quand Andrej est beaucoup plus modéré. Beaucoup de qualités pour cette bande dessinée inspirée des livres éponymes à succès en Allemagne.