Nous poursuivons dans le western « moderne », à savoir loin des classiques que sont Blueberry ou les tuniques bleues. Au programme, un cowboy manchot, un western où l’on brouille les cartes, un trésor qui peut changer la guerre de sécession et un marshal dépressif !

Bouncer le western par Jodorowsky

Nous avons pu voir que Jodorowsky était un scénariste prolifique aux influences mystiques. Nous l’avons vu pour l’incal ou le lama blanc. Il se trouve qu’il a aussi donné dans le western avec Bouncer, le cowboy manchot. Je vous le dis tout de suite, le postulat d’un western avec un manchot n’apporte rien de plus, c’est un élément du scénario et de l’histoire du Bouncer qui nous sera racontée. Ce n’est pas la première fois que le membre manquant intervient dans une bande dessinée de Jodorowsky. Dans Alef Thau par exemple, le héros est un enfant tronc !

Bouncer compte désormais 11 tomes, la bande dessinée a pour héros un cowboy manchot qui au début de l’aventure est le « videur » d’un saloon. Il deviendra le patron par la suite. Le personnage est assez intéressant, fils de prostituée, il se vengera de son frère ainé à qui il doit son bras dans la première partie. La bande dessinée se décompose en plusieurs cycles, dans lequel il deviendra bourreau ou dernier représentant de sa tribu.

Jodorowsky comme à son habitude tire de très grosses ficelles. Les Indiens massacrés, les Chinois qui tiennent des fumeries d’opium, tous les clichés y passent. La bande dessinée pourtant fonctionne bien, l’auteur réussit à placer un univers cohérent avec des personnages récurrents et attachants. Bouncer n’est pas la bande dessinée du siècle. Elle offre toutefois un moment plaisant et amusant grâce à un Jodorowsky qui ose tout : le truand qui a une hache plantée dans la tête, la femme bourreau, les sœurs siamoises et j’en passe.

Après la nuit

Dans une petite ville, un homme se présente avec deux cadavres. Il signe à l’hôtel du nom de Cooper. Et c’est un problème. Cooper a été tué par le shériff et on s’interroge pourquoi cet homme à l’assurance totale utilise le même nom. On pense que c’est une provocation obligatoire, qu’il vient chercher querelle. On connaît le shériff pour être une fine gâchette, toute la petite ville s’attend à un duel au sommet, les gens s’interrogent sur qui sera le vainqueur.

Après la nuit est un one shot, il est difficile d’en dire plus sans spoiler tant l’histoire est courte. Pour vous donner un peu le goût de la lecture, on découvrira qu’en fait, plus que le cadre du western, c’est une bande dessinée sur le mensonge, les apparences. Rapide, efficace.

Gibier de potence

L’action se déroule à la fin de la guerre de sécession, le sud a perdu. Une femme, accompagnée de ses deux enfants, cherche à faire évader son mari, un colonel de l’armée sudiste prisonnier. Si bien sûr, le but est de délivrer l’homme, une autre intention se dissimule. Pendant plusieurs mois, le colonel a réalisé une mission pour le général Lee qu’il a tenu secrète. Il aurait en effet mis la main sur un trésor qui permettrait de financer la guerre et renverser le cours de l’histoire en faveur du sud.

La bande dessinée est un récit fini en quatre tomes divisé en deux diptyques. La première partie s’articule autour de la recherche du fameux trésor, la seconde autour du gradé nordiste qui a pris en charge toute la famille. Gibier de potence est une très bonne bande dessinée, de l’action, des surprises, et un travail autour des personnages très pertinent.

Fausses pistes

Fausses pistes est une bande dessinée qui a les codes d’un western, mais qui n’est pas vraiment un western. Quelques explications. Frank est comédien, il incarne un marshal dans un parc à thème. Chaque jour devant les touristes, il rejoue une scène où le marshal tire sur les méchants. Frank vit seul et ne se remet pas de la mort de sa mère. Dire qu’il joue son rôle à la perfection est un euphémisme. Il est convaincu d’être le marshal. Son employeur s’inquiète pour lui et finit par le licencier. Ce dernier s’embarque dans un voyage touristique à la découverte des terres des Indiens.

Avec lui, toute la panoplie des caricatures de touristes dont un ancien Marines. Frank va endosser une dernière fois son costume de justicier mais pas pour jouer la comédie. Duhamel l’auteur de la bande dessinée, explique qu’il n’a jamais réalisé de western. Fausses pistes est une bande dessinée particulièrement réussie et originale qui casse les codes tout en les utilisant.