Western, partie 1

Lorsque l’on pense à western en bandes dessinées, il est difficile d’éviter les classiques que sont Blueberry, Lucky Luke ou les tuniques bleues. C’est un style vraiment très classique et très ancien, ce qui est logique. En effet, le cinéma américain s’est nourri d’histoires de cowboys et d’indiens, pendant un temps, ça a été le style majoritaire au cinéma. Un style tellement populaire et ancré dans la tradition américaine, qu’un acteur du genre a même été élu président des États-Unis : Ronald Reagan.

À l’instar des « vieilles » bandes dessinées, les vieux westerns de la bande dessinée franco-belge, sont fréquemment pétris de clichés. Les gentils blancs, les méchants indiens, les cowboys super héros indestructibles. Et comme souvent, la nouvelle vague a dépoussiéré le genre. C’est à ce type de séries que j’ai envie de m’intéresser.

Lincoln

Lincoln est une bande dessinée qui commence en western, et pour l’heure aucune idée de comment ça va finir. Quelques explications. Lincoln est fils de prostitué, plus ou moins abandonné, il grandit dans un saloon qui fait office de maison close. Lincoln, ce n’est pas son vrai nom, c’est le nom qu’il s’est choisi. Enfant, il ouvre la bouche pour être désagréable, forte tête, grande gueule, il finit systématiquement par se faire taper dessus. En choisissant le nom du président, il prend le nom de quelqu’un qu’on est obligé d’écouter.

Il va se produire un événement assez incroyable dans la vie de Lincoln, Dieu s’incarne et lui donne l’immortalité. Lincoln reste un personnage à part. Jamais heureux, imprévisible, il cherche toujours la solution de facilité. On ne peut pas dire qu’il est mauvais, il se fout de tout. Le but de Dieu, c’est d’essayer de rendre Lincoln heureux. Bien sûr, avec Dieu, le diable n’est jamais loin et lui aussi va approcher Lincoln.

On suit ainsi Lincoln à ses débuts dans le Far West, embarqué dans la révolution mexicaine, ermite, soldat dans la guerre de 14-18 en France. Au dernier épisode, il revient aux États-Unis dans les années 20 en communiste pour tout faire péter. C’est une bande dessinée qui comme on peut l’imaginer est très drôle. Le comportement de Lincoln est totalement imprévisible, ni Dieu, ni le diable, n’arrivent à obtenir quelque chose de lui. Si évidemment, dans la bande dessinée, il est difficile d’échapper à quelques moments philosophiques sur l’humanité, notamment dans les échanges entre Lincoln, Dieu et le diable, ce n’est jamais moralisateur.

Le lecteur lui-même, suit les aventures du personnage sans jamais savoir ce qu’il va faire. Héros, lâche, indifférent, tout est possible avec Lincoln !

Ennemis

Avec un dessin qui ressemble à celui des tuniques bleues et une histoire aussi absurde qu’un des albums de la bien connue série, ennemis est trompeur. L’histoire commence dans un camp de nordiste où un général demande à un de ses lieutenants de stopper un régiment à l’aide de quelques hommes. Le commandant sudiste en question pose de gros problèmes d’approvisionnements pour le camp nordiste.

Le gradé va donc partir avec une poignée d’hommes pour accomplir cette mission qui tient du suicide. Un dragueur, une force de la nature, un maniaque des couteaux, un fou des explosifs et un enfant qui fait office de tambour. Alors qu’ils viennent de partir, les soldats restés au camp font des paris. Qui est le traitre dans la petite troupe ?

Et c’est ici que le scénario est parfaitement ficelé pour un diptyque passionnant. Au fur et à mesure que l’aventure avance, on multiplie les flash backs. Des actes qu’on ne comprenait pas finissent alors par devenir une évidence. On commence à découvrir les très nombreuses interactions entre les personnages et les événements. Je ne vous en dis pas plus, ce serait spoiler. Une excellente histoire, très violente malgré ce dessin grand public qui se lit d’une traite.

L’homme qui n’aimait pas les armes à feu

Bande dessinée de Lupano, valeur sûre de la bande dessinée franco-belge, il n’est jamais évident de faire le pitch tant l’homme va dans toutes les directions. Pour aller au plus simple, on va présenter les personnages. Une femme vénale qui cherche quelque chose. Son mari et son amant devenus associés qui essaient de récupérer cette chose. Un jeune homme amoureux transi de la femme vénale. Un chef de clan mexicain qui s’éprend à son tour de la femme vénale et qui possède un trésor précieux dont il n’a pas conscience.

Lupano est fort, très fort. Maîtrise des personnages, de l’histoire, du scénario, des dialogues, tout y est. Le premier tome qui ne donne que le lien entre les personnages vous tient suffisamment pour ouvrir le second dans lequel vous aurez toutes les explications. Byron est un avocat ambitieux, talentueux, il est marié avec Margot, qui comme on l’a compris est une femme vénale. Un jour, un colosse se présente à sa porte, Hoggaard propriétaire de documents qui pourraient changer la face des États-Unis.

Bande dessinée en quatre tomes, avec, comme on peut s’en douter, des rebondissements, des trahisons, beaucoup d’humour.

L’étoile du désert

Le ministre de la Défense à qui Marini a donné les traits de Sean Connery rentre chez lui. Il retrouve sa femme et sa fille mortes, assassinées et violées. Sa fille a une étoile gravée au couteau sur le cœur, c’est sa seule piste. Une fille qu’il n’a pas revue depuis des années, elle avait suivi un homme. Il suppose que c’est cette période qu’il n’a pas connue qui lui a valu cette funeste destinée.

De Washington, il part à Kansas City avec pour seul but : comprendre et retrouver un certain Cauldray qui aurait un rapport avec ce double crime. Histoire en quatre tomes, sur fond de construction du chemin de fer, la bande dessinée intrigue. Comme le personnage central, on veut comprendre. On aura la révélation à la fin du second tome.

Comme souvent avec Marini qu’il soit scénariste, dessinateur ou les deux, il y a une forme de facilité. Même si l’univers s’y prête avec les saloons et les prostituées, beaucoup de scènes avec des filles dénudées. L’histoire est classique, particulièrement prenante, la fin quant à elle est plutôt décevante. Je pense que le premier tome est tellement fort, tellement bien amené, qu’on s’attend à un final d’une autre dimension. La bande dessinée fait aujourd’hui partie des classiques et à l’époque puisqu’elle date de 1996 avait révolutionné le style, un peu comme l’épée de cristal pour la fantasy.

Un second cycle 20 ans plus tard

Attention, spoil, je ne peux pas faire autrement. On apprendra qu’étoile du désert est une prostituée indienne. En 2016, soit 20 ans après la série original, un second cycle est sorti, un préquel qui raconte l’histoire de la jeune indienne. En deux albums à nouveau, je n’ai pas accroché, j’ai trouvé les deux histoires bien trop distantes. Dans un préquel, ce qui fait le charme, c’est de comprendre des éléments du passé qui ont conduit à des événements du présent. À part le nom étoile du désert, j’ai peiné pour trouver des liens entre les deux histoires.

2 Comments

  1. Merci à vous pour ces présentations pertinentes.
    Je lis toutes vos rubriques et c’est toujours intéressant (même les maths !!!!)
    Bien à vous

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