La problématique Kaspersky

La guerre entre la Russie et l’Ukraine permet de mettre non seulement en évidence les problèmes de dépendance, mais aussi rappelle que l’informatique n’est pas neutre. Kaspersky c’est le nom d’un antivirus particulièrement célèbre. Il vient du nom de son créateur Eugène Kaspersky. Pendant des années cela fait partie des programmes que j’ai recommandés.

En effet, au niveau informatique avec un ordinateur sous Windows, à l’heure actuelle, il faut comprendre que la sécurité se positionne de la façon suivante :

  • Vous êtes un utilisateur « normal ». Vous ne faites pas de téléchargement pirate, vous n’allez pas sur des sites pornos, vous avez une utilisation raisonnée de votre ordinateur. L’antivirus par défaut de Microsoft est suffisant.
  • Vous faites n’importe quoi avec votre ordinateur et vous ne savez pas vraiment ce que vous faites. Installez une solution payante du marché. Parmi ces solutions payantes Kaspersky faisait partie des meilleures solutions du marché.

Dans tous les cas évitez les solutions gratuites, elles aspirent vos données, consomment souvent inutilement des ressources et ne sont pas particulièrement efficaces. Avast, Antivir, sont des solutions à bannir. Par exemple, on vient d’apprendre que la société TP-Link qui fabrique des routeurs envoie des données à Avira. Avira fait partie de ces sociétés qui proposent des antivirus gratuits.

Alors c’est quoi le problème avec Kaspersky ?

La réponse est très simple. Kaspersky est Russe. Nous sommes dans une histoire qui est similaire à celle de Huawei. À l’heure actuelle, l’ensemble du monde se positionne contre la Russie face à la guerre en Ukraine. Si vous livrez des armes à l’Ukraine, que vous bloquez des comptes d’oligarques Russes, que vous mettez des sanctions économiques, laisseriez-vous un logiciel Russe contrôler la sécurité de votre ordinateur ?

Le positionnement de Kaspersky est d’ailleurs intéressant, la société dit qu’elle fait du business. Une façon quelque part de se désolidariser de l’invasion. Alors qu’on a accusé plusieurs fois la société d’avoir des liens avec l’état Russe, la société explique qu’il s’agit d’une décision qui est purement politique. Plusieurs états dont l’Allemagne recommandent de retirer Kaspersky de leur ordinateur et je partage cette opinion.

Quand bien même la société voudrait se limiter à faire simplement du business, rien ne dit que sous pression, elle ne pourrait pas se retrouver contrainte à faire certaines actions. Récupération des données sur tous les PC avec Kaspersky installé, injection de code malveillant, tout est possible.

Il y a donc potentiellement un véritable danger à l’utilisation d’un logiciel Russe sur votre ordinateur personnel.

Un geste effectivement politique qui devrait nous amener à une réflexion plus profonde

Bien évidemment, nous ne sommes plus aujourd’hui dans une position où nous devons considérer les Russes comme des alliés. Quid de la Chine ? Nous sommes totalement dépendants de la Chine pour l’intégralité du matériel, les routeurs, les téléphones, et bien plus encore. On sait que nos téléphones sont de véritables aspirateurs de données et qu’ils envoient tout ce beau monde de l’autre côté de la planète.

De la même manière, les USA sont nos alliés historiques. Et pourtant la situation de dépendance totale dont nous faisons preuve quant aux logiciels que nous utilisons nous met dans une situation similaire à la Chine.

On vient de voir que Microsoft a fait des essais de diffusion de publicités dans l’explorateur Windows 11. La marque a réagi en expliquant qu’il s’agissait d’essais et que les testeurs n’auraient pas dû voir ces publicités. Toutefois, cela signifie que le code existe, et si les réactions sont négatives, le rétropédalage de Microsoft ne change rien. Quelqu’un a décidé de coder de la publicité dans le système d’exploitation de l’ordinateur. Si ce n’est pas pour demain, ça viendra après-demain.

L’ordinateur n’a pas une connotation loisir comme le smartphone où la publicité peut sembler davantage acceptable. On imagine donc très mal la sacro-sainte machine dédiée à la production être arrosée de publicités et de notifications pendant qu’on travaille.

Souveraineté, résilience plus ou moins le même combat

La souveraineté informatique est un discours que je tiens régulièrement ici. On s’est souvent moqué d’un système d’exploitation made in France, pourtant il prend de plus en plus de sens. L’idée n’est pas de développer un système de A à Z qui serait entièrement français, l’idée, c’est de s’affranchir du monopole américain pour les logiciels. Pour le matériel Chinois ça risque d’être plus compliqué.

Une fois encore, la solution existe, c’est le logiciel libre. Si demain vous prenez une distribution comme Debian, vous avez un système Linux fonctionnel, indépendant et communautaire. Il ne serait pas si difficile d’imaginer une adaptation à la sauce Française.

Lorsque je vois les problèmes que l’on rencontre avec Windows 11 avec entre autre l’obligation de créer un compte, la publicité ou l’obsolescence pour le matériel, je ne regrette pas mon passage à Linux.

Il faut comprendre qu’il s’agit ici d’une décision purement politique. L’éducation nationale pourrait faire le choix demain d’installations Linux pour tous les postes et le choix d’un cloud à base de Nextcloud. Le problème, c’est que ce choix impliquerait de ne plus acheter de licences chez Microsoft. Comment vivrait les USA de voir la France se couper de ses produits informatiques ? On pourrait imaginer des représailles économiques dissimulées comme le refus d’acheter du vin français.

La mondialisation, le capitalisme, sont comme on peut s’en rendre un compte plus un problème qu’une solution. Les états sont trop dépendants les uns des autres pour former un château de cartes bien fragile.

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