Destins

Le concept de la bande dessinée destins est unique, enfin je pense, dans le monde franco-belge. Je ne sais pas si ailleurs dans le comics ou dans le manga, l’expérience existe. Il s’agit d’une bande dessinée où chaque fin d’album s’ouvre sur différentes perspectives. Nous sommes donc face à une bande dessinée qui n’est pas linéaire mais à choix multiple. Plusieurs albums vont être la suite du précédent et explorer les choix réalisés par l’héroïne.

Il s’agit d’un projet de Frank Giroud décédé en 2018 à qui l’on doit aussi le concept très original du décalogue, la bd qui remonte le temps à chaque tome. La bande dessinée s’est étalée sur deux ans avec de nombreux scénaristes et dessinateurs sur 14 tomes.

Destins, l’histoire.

Ellen est une jeune femme texane de 22 ans, amoureuse de Greg, un jeune homme un peu révolutionnaire. Greg malheureusement n’a d’yeux que pour Jane qui partage ses idées, plus dans les paroles que dans les actes. Délurée, libérée, elle prône sur le campus de l’université la « lutte ». Lorsque Greg a le projet de braquer une banque pour financer la révolution, il demande à Jane d’être sa complice. C’est la claque, Jane ne le suit pas. C’est Ellen qui par amour va s’embarquer dans le braquage. Le vol à main armée tourne mal, Greg est tué, deux innocents aussi.

Seulement personne n’imagine qu’Ellen puisse être la partenaire de Greg, et tout accuse Jane. Jane va être accusée de la peine de mort, c’est un amoureux qui porte un faux témoignage. En quelques cases, on voit la vie des deux femmes s’écouler sur une période de dix-sept ans. Jane trompe son mari qu’elle n’a épousé que par gratitude pour son faux alibi. Ellen quant à elle devient une « sainte ». À la tête d’une association qui vient en aide aux défavorisés, mère de famille de deux enfants, elle épouse un homme qui pourrait devenir le prochain premier ministre britannique.

De retour aux States, partir en Afrique

Le mari de Jane lassé de ses frasques finit par revenir sur son témoignage. Jane risque d’être condamnée à mort quand Ellen voit sa culpabilité lui sauter à la figure. Deux chemins s’offrent à elle : assumer son passé, fuir.

À la fin de ce premier tome, Ellen a donc deux possibilités. Dans une première vie, elle part aux États-Unis se dénoncer et assumer ses actes. Ici encore on verra d’autres embranchements dans ce parcours américain. Dans une autre possibilité, elle fait le choix de partir en Afrique pour se mettre au service de son association. Ce volet s’il est traité, est moins développé comme on peut le voir dans l’arbre des possibles. Il est aussi largement moins intéressant.

Un événement sera inévitable dans la bande dessinée, son fils met le feu à son établissement scolaire. Dans les possibilités, elle fera le choix de stopper sa quête pour rester auprès de ses enfants qui en ont bien besoin. Tous les chemins mèneront au dernier épisode dans lequel vous aurez la révélation finale.

Ce que j’en pense

Le concept est franchement intéressant puisqu’il s’agit dans une même série de plusieurs uchronies autour de la vie d’une même femme. Une bonne idée ne fait pourtant pas tout, la réalisation est inégale d’un album à l’autre. Pour ainsi dire, certains tomes sont inutiles, d’autres totalement fantasmagoriques. Tous les albums ne sont pas du tout du même niveau et n’apportent pas grand-chose à l’histoire. On reste certainement trop dans le concept, pas assez dans la bande dessinée classique avec une véritable histoire.

Je pense que destins est un mauvais investissement. Destins ne se relit pas, quatorze tomes de bandes dessinées c’est cher, mieux vaut investir ailleurs. En outre si vous avez l’occasion de lire la bande dessinée d’une traite, dans son intégralité, destins est une très agréable lecture.