Black Mirror, une dystopie pas si dystopique

Black Mirror est une série télé initialement anglaise parue en 2011, sa dernière saison est sortie en 2019. Du fait de son succès, elle a été récupérée par Netflix pour une diffusion mondiale. Cinq saisons au total sont sorties. Black Mirror a la particularité de proposer des épisodes qui ne se suivent pas, sans véritable lien les uns avec les autres. Le point commun de chaque épisode, c’est la dystopie proposée.

Une utopie, c’est quand on imagine un monde merveilleux qui ne peut pas se produire. La dystopie, c’est un monde où les choses se passent mal, le contraire de l’utopie. La force de Black Mirror c’est d’utiliser une dystopie crédible, une dystopie qui pourrait se produire ou qui se produit déjà.

Black mirror un premier épisode choc.

Le premier épisode de la série est certainement parmi les plus marquants. En tout cas il ne pouvait pas y avoir meilleure accroche. La princesse, tellement aimée du peuple britannique a été kidnappée. Les ravisseurs demandent au premier ministre d’avoir un rapport sexuel avec un porc filmé face caméra. Sans cet acte surréaliste, ils tueront la princesse. Bien évidemment, dans l’opinion publique personne n’imagine qu’un homme doit se compromettre à un point pareil. C’est lorsqu’un doigt de la princesse est coupé que les questions sur le positionnement du ministre arrive.

On démarre ainsi très fort la série avec de nombreux éléments qu’on retrouvera durant tous les épisodes. Une situation surréaliste, mais pas si surréaliste. Jusqu’à maintenant, la norme est de ne pas négocier avec les terroristes. De l’autre côté chez les ravisseurs, on est plutôt classique : de l’argent, abolir des lois, délivrer d’autres personnes. Nous ne sommes que rarement confrontés à des demandes délirantes. Et bien sûr du suspense inhérent à la situation. Va-t-il le faire, ne va-t-il pas le faire ?

C’est ce rapport à la réalité qui est intéressant, le fait que cela pourrait se produire qui a certainement charmé les spectateurs.

Des épisodes marquants

Tous les épisodes ne se valent pas. À mon sens le passage à Netflix a fait diminuer le niveau de la série. Il faut aussi reconnaître qu’il est difficile de jouer à l’infini avec des situations de dystopie. On aura du bon et du moins bon, et parfois des redites. Par exemple, les univers virtuels vont revenir plusieurs fois. On aura un développeur de génie qui enferme ses collaborateurs dans un monde virtuel inspiré de Star Trek. Un autre monde virtuel où des gens âgés font le choix d’être projeté à leur mort. Enfin une puce implantée à l’arrière du crâne qui permet de créer de la réalité virtuelle directement dans le cerveau des gens. Sauf qu’il ne s’agit pas de constituer des meubles Ikea, mais des monstres issus de la peur des gens.

Black Mirror est meilleure lorsqu’elle se rapproche de situations réelles ou connues. Pour ma part les deux meilleurs épisodes, à part le premier sont le jeune filmé en train de se masturber et l’univers dans lequel chacun a une note sociale. Ce premier épisode est cohérent, à savoir que nous avons tous reçus des messages indiquant que notre compte a été piraté et qu’on a filmé une activité sexuelle. La demande de rançon en bitcoin qui suit derrière. Ce message est un hameçonnage classique, parfois même sur des postes où il n’y a pas de caméra ! La différence, c’est que la capture cette fois est bien réelle et le chantage va beaucoup plus loin que la demande d’argent.

La note sociale, un système qui existe déjà en Chine.

Dans un monde qui ressemble largement au nôtre, tous les échanges sont notés. Vous saluez votre voisin, vous mettez une note. Vous commandez un burger, vous mettez une note et ainsi de suite. Selon la note sociale que vous avez, vous avez certains avantages, une meilleure voiture de location ou une réduction sur le loyer de votre appartement. On comprend alors la pression sur les individus qui vont tout faire pour être agréable. On tombe de toute évidence dans l’hypocrisie. Dans cet épisode, on suit le parcours d’une jeune femme qui essaie de tout faire pour augmenter sa note sociale. Elle passe même par des spécialistes, des conseillers, pour améliorer sa note.

Difficile de ne pas penser aux fameux conseils ou aux formations à suivre pour devenir une star. Difficile aussi de ne pas penser à la note sociale chinoise qui existe réellement. Cette note à la différence de la série, est donnée par le gouvernement ce qui est encore plus tendancieux. En effet, si vous pouvez avoir une influence sur votre entourage, une note donnée par le gouvernement vous impose d’avoir des idées conformes à celles de l’état.

Une très bonne série qui pousse à la réflexion

Black Mirror est une excellente série, qui met souvent mal à l’aise. En effet, elle nous renvoie à nos pratiques, à nos comportements, à une réalité pas si éloignée. Si la série alerte, dénonce, fait de façon indéniable le job, elle est pour ma part équivalente aux messages d’avertissements sur les paquets de cigarettes. Les gens ont conscience des risques, des dérives dans le cas présent, et pourtant ils continueront de regarder des vidéos sur TikTok, d’essayer de faire augmenter leur nombre de followers ou s’embarquer dans toute nouvelle tendance technologique qu’on leur propose.