TikTok devant Google une info à décrypter

C’est une informatique que vous avez pu voir passer cette semaine sur de nombreux sites informatiques français. Le nom de domaine TikTok passe devant celui de Google. J’aimerais revenir sur cette info qui mérite d’être un peu creusée.

Quelques correctifs et explications

Plutôt que de vous prendre des sites français qui ont traité l’information, je préfère mieux aller à la source : Cloudflare. Cloudflare est une société d’envergure mondiale qui sécurise notamment les sites internet. Il s’agit donc d’une information crédible, elle est toutefois amenée d’une façon qui me paraît inexacte. Voici ce qu’on peut voir sur le site de Cloudflare.

In 2021, the Internet went for TikTok, space and beyond

Comme on peut le voir, il s’agit du domaine TikTok.com qui est passé devant celui de Google.com. L’article est anglais, je suis donc limité, mais il ne me semble pas être précis dans sa méthode de comptage. De la même manière, le classement est biaisé. gmail.com est un domaine de Google, tout comme YouTube qui apparaît en huitième position. Est-ce qu’on tient compte uniquement d’une connexion internet depuis un navigateur ou depuis l’application ? Ce que j’essaie de vous faire comprendre c’est que cette info, dans sa présentation, laisserait penser que TikTok est le premier service au monde. C’est faux. TikTok est très fréquenté, mais n’a pas la puissance d’un GAFAM. La fréquentation du nom de domaine est un indicateur de croissance, mais pas de position dominante.

TikTok devant Google, une information qui n’est pas anecdotique

Si on essaie d’analyser un peu plus loin sans tenir compte de toutes les subtilités évoquées plus haut, cela signifie au moins deux choses. Les gens préfèrent mieux regarder un divertissement que faire une recherche. TikTok est passé devant YouTube. On peut s’inquiéter quant au premier point. On ne va pas se mentir, TikTok c’est du divertissement, pas de la culture. La démarche d’aller sur un moteur de recherche, c’est de chercher une information, qu’elle soit puérile, importante, c’est une démarche de questionnement. Je pense que c’est le plus important, la curiosité, l’envie de savoir, de s’informer. TikTok, même si certaines chaînes permettent les apprentissages, reste dans l’air du temps, du divertissement, de la télé ou du Netflix à consommer en moins de trois minutes.

Malheureusement nos jeunes préfèrent mieux se divertir que de s’informer. N’allez pas croire que c’est l’enseignant qui parle, l’homme qui voue un culte au savoir. Pour vivre avec des jeunes, je sais faire la part des choses. On ne peut pas qu’apprendre, il faut aussi se détendre, mais que se détendre c’est problématique. Nous approchons des élections, nous vivons dans le complotisme et les fake news, le manque d’information est un risque pour nos démocraties.

Le problème éternel de la monétisation

TikTok devant YouTube, une autre information qui n’est pas anecdotique

Je pense que le succès de TikTok repose sur quelques éléments simples.

  • Une ambiance joyeuse, chantante, avec des filtres. C’est ce qui a fait le succès de Snap, c’est aussi ce qui fait le succès de TikTok. Des défis, des nouveautés, des effets spéciaux, une véritable facilité de mise en œuvre que ne permet pas YouTube.
  • Un format court. Avec une concentration qui ne cesse de baisser, il faut se dire qu’un jeune n’a certainement pas la capacité de se concentrer sur une vidéo de dix ou quinze minutes. De la même manière pour le vidéaste, l’engagement est beaucoup moins important dans un court que dans un long. Le réalisateur va donc pouvoir produire plus, mais pas forcément mieux.
  • Un renouvellement des icônes. On sait que le réseau Facebook est en perte de vitesse, du fait qu’il concentre des gens de toutes les générations. Ainsi, il en va de même avec YouTube où finalement des gens comme Norman, Cyprien sont les stars de gens plus âgés. TikTok a assuré le renouvellement qu’a pu opérer par exemple Instagram.

J’essaie dernièrement de trouver des chaînes YouTube un peu pertinentes, il apparaît qu’à l’instar des sites internet gratuits, ça commence à devenir difficile. YouTube se transforme de plus en plus en cimetière, de nombreuses chaînes pourtant suivies par des millions de personnes n’ont pas produit de vidéos depuis des années. On voit souvent apparaître des articles sur les problèmes de monétisation et c’est un problème de fond.

Argent, désir, renouvellement

Je connais YouTube dans l’envers du décor avec la chaîne de Benjamin. Les montages, l’écriture, le temps à consacrer pour une vidéo est important. Si Benjamin est enseignant et n’est pas en recherche de vivre de YouTube pour des gens qui veulent vivre de leur talent, c’est plus compliqué.

L’auteur de Horror Humanum Est explique de façon pertinente l’arrêt de sa chaîne

L’aspect financier bien sûr, mais aussi d’autres points comme la lassitude, le mal à se renouveler. C’est le problème de tout auteur, le renouvellement. Il faut vivre des expériences pour pouvoir les raconter. En passant sa vie à raconter ses expériences sur YouTube, on ne vit plus rien, on s’appauvrit. Malheureusement le format de YouTube impose à ses auteurs une production très régulière pour exister. C’est le problème de notre société où il faut produire encore et encore. Pour donner un exemple le rappeur Jul en est à 26 albums !

C’est le propre de notre société où il faut faire toujours plus, et ceci se fait nécessairement au détriment de la pertinence. On comprend dès lors le succès de TikTok qui propose de faire du rapide au téléphone. On comprend de la même façon, le découragement des vidéastes amateurs qui chercheraient à faire de la qualité tout en prenant le temps de la faire.

Segmentation et burn out

Comme évoqué plus haut, nous assistons désormais à un renouvellement systématique des réseaux. Le besoin de nouveauté d’une part, le manque d’évolution de l’autre peut-être. Pour ce dernier exemple, même s’il ne s’agit pas de réseaux sociaux, je pense au boncoin et à Vinted. Vinted a fait une percée conséquente tout simplement parce que le site de vente a proposé une interface correspondante aux attentes modernes des usagers. Le boncoin avec son interface vieillotte ne répondait plus aux critères actuels.

La problématique pour les créateurs de contenus, c’est la segmentation. La segmentation pour vous donner un exemple technique, c’est par exemple Android. Au moment où j’écris ces lignes il doit y avoir plus de dix versions en circulation. Si vous voulez faire un programme sur Android, vous devez tenir compte des dix versions. La segmentation pour les créateurs de contenus dont certains ont démarré par un blog, c’est d’être présent sur dix réseaux sociaux à la fois.

L’erreur à mon sens, c’est de ne pas avoir le courage de faire des choix. Produire des contenus de qualité pour dix réseaux différents, c’est nécessairement faire dix fois mal les choses. Il faut donc selon sa thématique choisir le réseau qui va bien. Il n’est pas rare de voir des créateurs faire des burn out et craquer face à la pression de la bulle internet. Entre la cadence de production et la présence sur les réseaux, le rythme n’est pas tenable.

Des réseaux spécialisés

On aurait pu penser que YouTube finirait par écraser tout le monde et comme je l’ai écrit plus haut, YouTube prend des airs de cimetière. Un réseau qui contre toute attente fonctionne très bien, c’est Twitch.

Twitch a fait le choix de ne se focaliser que sur le jeu vidéo. Quand YouTube est généraliste, Twitch apporte en fin de compte son expertise. L’avenir est certainement ici. Mes centres d’intérêts sur YouTube sont en fin de compte limités. Je ne vais m’intéresser qu’à des chaînes de savoir, de réparation, ou de musique. Comprenez que je n’ai aucun intérêt dans les parties de cache-cache géantes ou des thématiques que je qualifierai plus légères. Si un réseau spécialisé faisait son apparition, je serai certainement tenté d’y aller.

Il est amusant de se rendre compte que ce que je décris et que je pense sera une tendance future, correspond aux forums des années 2000. À cette époque, il ne serait pas venu à l’idée d’avoir des sites généralistes. On s’orientait vers des sites spécialisés qui pour beaucoup existent encore hardware.fr pour en citer un. Facebook avec sa centralisation a fait croire que tout mettre au même endroit était une bonne idée. Faux, car il n’y a aucune expertise.

Mon positionnement

Je l’avais écrit, j’ai arrêté ma chaîne YouTube maths à l’arrache. J’ai aussi arrêté mon blog personnel pour ne me consacrer qu’à restez-curieux. Je ne suis présent que sur Twitter comme réseau, où je ne fais aucun effort. Nous évoquons souvent avec Benjamin la possibilité d’être présents sur TikTok. Certainement pour l’aspect nouveauté, l’aspect découverte, et certainement influencés par le tapage : the place to be.

Si Benjamin devait se lancer, je ferais certainement de la figuration ou je participerais sous sa direction. J’ai fait le choix désormais personnel et convaincu, de m’enfermer dans le marché de niche de l’écrit. J’ai malheureusement conscience que nous nous sommes éloignés de la cible initiale, l’éducation pour tous et pour les jeunes en particulier. En effet, le medium écrit est un obstacle pour les plus jeunes ou une partie d’entre eux. Je sais que même mes tutos maths pour des élèves qui ont fait le cours, c’est compliqué. Malheureusement il apparaissait aussi que les vidéos étaient compliquées pour certains.

Je pense qu’il ne faut pas céder à toutes les modes et persévérer dans ce qu’on sait faire. Il ne faut pas non plus céder à tous les compromis pour rabaisser le niveau sans cesse. Et le principal, se faire plaisir, notamment lorsqu’il s’agit d’une activité totalement désintéressée et bénévole.