Luxley

Valérie Mangin est une autrice de bande dessinée, vous pouvez trouver sa biographie complète sur la page Wikipédia. Pendant quelques années, elle a réalisé des séries basées sur les uchronies. C’est un style que je trouve assez intéressant, puisqu’il s’appuie souvent sur des faits historiques et explique comment l’histoire aurait pu être différente. L’exemple typique, c’est Block 109 qui raconte la guerre entre l’Allemagne Nazie et l’U.R.S.S. dans les années 1950.

Valérie Mangin est diplômée d’histoire, elle apporte donc une vision intéressante à ses récits. Elle fait toutefois souvent le choix de la science-fiction, comme c’est le cas avec le dernier Troyen ou le fléau des dieux. Le fait d’être la compagne de Denis Bajram, y est peut-être pour quelque chose, on lui doit par exemple le Goldorak en bd et de très nombreux titres de SF.

L’Europe attaquée par les Atlantes

Luxley c’est le nom officiel de Robin des bois. L’histoire se déroule en 1195, comme dans Robin des bois, sauf qu’ici il ne s’agit pas de lutter contre le Shérif de Nottingham. L’Europe est attaquée par les Atlantes, une peuplade dirigée par l’Inca. En effet, l’Inca, un personnage mystique de l’Amérique du Sud a vu le futur. Il voit déferler des hordes d’Européens pour prendre le territoire. Il décide donc d’anticiper sur les événements et de prendre le pouvoir en Europe. L’Inca envoie ses fils, ses filles et ses petits enfants à la conquête. Très rapidement la France et l’Angleterre tombent. Les Atlantes ont le pouvoir de prédire l’avenir, ils sont capables d’anticiper les événements avant qu’ils se produisent. Ceci explique pourquoi rien ne parvient à les arrêter.

Luxley est capturé sur le territoire français, on le force à fumer du peyotl. Il s’agit d’une drogue qui développe la vision, comme les Atlantes. Il parvient ainsi à échapper aux prédictions et peut commencer à organiser la résistance. Le positionnement de Valérie Mangin est assez intéressant, dans une logique assez implacable. Par exemple, le pape lui-même, n’a d’autre choix que d’aller voir Saladin avec qui l’Europe est en guerre pour lui demander de s’allier. Nous sommes dans la troisième croisade à cette époque. De la même manière les Atlantes finissent par adopter certaines lois et commencent à installer la paix. Le calme revient et c’est Luxley qui est vu comme un traître. Les habitants finissent par trouver la cohabitation pas si désagréable. L’héritier moitié Atlante, moitié français, baptisé, met de plus tout le monde d’accord. On finit par semer le doute chez le lecteur quant à la légitimité de l’action de Luxley.

Luxley ou la justification du crime par anticipation

La bande dessinée est d’une violence rare et n’est pas sans faire penser au film Apocalypto de Mel Gibson. Je profite pour faire une parenthèse, je trouve que ce film est un bon complément. Apocalypto est un film qui se déroule chez les mayas. Le film a la particularité d’être entièrement sous-titré, le réalisateur ayant certainement tenu à renforcer le réalisme en employant un langage Maya. Une peuplade vit en paix, elle finit par se faire attaquer par des hommes plus forts, plus organisés. Ils sont amenés dans une ville de pierre alors qu’ils vivent dans la forêt. Pyramides, sacrifices humains, décapitations, cœurs arrachés, rien n’est épargné dans le film.

On retrouve dans Luxley de nombreuses scènes similaires. Les Atlantes justifient leurs crimes aussi horribles soient-ils par prévention de ceux que l’Europe aurait réalisés 300 ans plus tard. Les Atlantes sont nombreux à exprimer leur désaccord avec cette violence. Ils voient dans cette façon de procéder, une légitime défense nécessaire. La culpabilisation de notre continent, des massacres engendrés au nom du catholicisme revient de façon très régulière dans la bande dessinée. La légitimation des crimes tient finalement la route. On en vient à penser que l’invasion Atlante rendrait le monde meilleur.

Conclusion

Luxley est une uchronie pertinente qui écorche le monde en général, les hommes en particulier. Seul regret certainement, la fin. Valérie Mangin insiste sur le don de voyance et nous entraîne dans des frontières qu’elle ne maîtrise pas forcément. Il serait difficile d’en dire plus, car ce serait spoiler. Je dirais juste que tout le monde n’a pas le talent de Bernard Werber.