Les beaux étés, malgré tout, deux bandes dessinées de Jordi Lafebre.

Jordi Lafebre, des dessins magnfiques pour des histoires nostalgiques.

Pour être exact, les beaux étés sont scénarisés par Zidrou mais j’ai trouvé toutefois intéressant de présenter les deux ouvrages ensemble. Les similitudes sont assez nombreuses et pas seulement pour le dessin. Ce que je trouve d’intéressant dans la bande dessinée franco-belge c’est qu’elle ose. C’est certainement pour cela qu’il s’agit de « ma culture » de prédilection devant le cinéma et les séries télés. Oser, c’était il y a des années avoir des méchants en héros. Oser aujourd’hui c’est présenter des bandes dessinées positives, dénuées de violence. Des bd qui croquent la vie sans une once d’ironie ou de méchanceté. Une rareté quand on voit Disney par exemple qui dédouane ses méchants de leur folie.

Les beaux étés et malgré tout ont donc en commun le dessinateur. Il faut reconnaître que Jordi Lafebre s’est transcendé pour malgré tout avec des planches plus larges, plus puissantes. Lafebre fait partie désormais des grands dessinateurs, son trait est facilement reconnaissable. Un trait simple et riche à la fois, des visages qui pourraient s’être évadés d’un Disney. C’est très joli, coloré, c’est gai, une cohérence avec le ton employé dans les deux bandes dessinées. Pas que le dessin en commun, mais aussi le processus de narration où l’on joue sur le temps.

Les beaux étés

Les beaux étés racontent la même période dans une famille belge mais à différents moments de leur vie, sans linéarité. Concrètement, si dans les premiers épisodes on remonte dans le passé dans les années 60, on revient plus proche de nous dans les années 80 par la suite. À chaque été, le rituel est le même. Le père dessinateur de bandes dessinées est en retard pour encrer ce qui sera la bande dessinée de sa vie. Malheureusement le succès n’est jamais au rendez-vous. Le cowboy au quatre bras ou la superhéroïne arrivée trop tôt resteront dans l’ombre.

C’est donc en famille qu’ils quittent la Belgique natale pour la route des vacances avec la 4L familiale. Selon les épisodes, les personnages diffèrent un peu. Du petit dernier qui n’est pas encore né aux grands-parents encore vivants. Ou les filles qui ont grandi avec le petit copain qui intervient. C’est une bande dessinée brillante où tout est croqué. Les relations humaines, les rituels dans les familles, mais aussi l’époque. Ceux qui ont un certain âge se rappelleront leur enfance. Les rencontres sont belles, les paysages sont magnifiques. On pourrait reprocher une forme de niaiserie mais ce n’est pas le cas. Le deuil, les difficultés dans le couple, les relations complexes entre les parents sont abordées. Les auteurs ont fait simplement le choix d’insister sur les bons moments plutôt que sur les drames. Ils ne les ont pas éludés pour autant.

Malgré tout

Ce processus de narration, non linéaire est exacerbé dans malgré tout où cette fois on remonte le temps. La bande dessinée commence par la fin, la révélation c’est donc … le début. Le début, ou plutôt la fin, c’est un rendez-vous entre deux personnes d’un certain âge. Il vient présenter sa thèse qu’il aura mis quarante ans pour réaliser, il aura sillonné le monde en bateau. Elle, exécute son dernier mandat de maire qu’elle a exercé pendant plusieurs décennies, mariée, un enfant, aussi responsable que lui est léger. Pendant quarante ans ils auront correspondu avec passion, dans une relation amoureuse à distance. On s’interroge, pourquoi ces deux-là qui s’aiment tant n’ont pas fait leur vie ensemble ? Une jolie histoire d’amour, dont vous connaîtrez le dénouement avec le début de l’histoire.

Avec malgré tout et les beaux étés, les auteurs nous montrent qu’il n’est pas nécessaire de tomber dans la drogue, le sexe, la violence ou le fantastique pour fasciner le lecteur, la banalité du quotidien reste un voyage extraordinaire.

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