Valérian et Laureline, la bande dessinée qui avait 50 ans d’avance

Il est bien important de se rappeler la date de la création de cette bande dessinée, c’est en 1970, donc il y a plus de 50 ans. Valérian est agent spatio-temporel, il règle les problèmes dans la galaxie mais aussi dans le temps, il veille à ce que personne ne modifie le cours de l’histoire. Alors qu’il poursuit Xombul, le méchant de base qui s’est réfugié dans le passé, il va être aidé par Laureline une jeune femme du moyen-âge qui va devenir par la suite sa partenaire. L’histoire de Valérian frappe très fort puisque dès les premiers albums, l’idée c’est de dire qu’une grosse catastrophe s’est produit en 1986, une catastrophe nucléaire et que c’est à cette époque qu’aurait commencé les balbutiements du voyage intergalactique. En 1986 c’est la catastrophe de Tchernobyl ! Visionnaires sur cette date, les auteurs l’ont été sur de très nombreux points. Bien sûr on peut évoquer les taxis volants qu’on va retrouver dans le cinquième élément ou les shingouz qu’on retrouve dans Star Wars ou presque, l’imagination totalement folle des auteurs a influencé toute la culture de la SF mais c’est certainement l’aspect social qui est le plus important.

Valérian et Laureline est une bande dessinée hautement féministe. Laureline n’est pas une potiche, un personnage de second ordre pour mettre en avant le héros mais bien l’égale de Valérian. Elle vient le sauver de façon très régulière, dans certains albums c’est elle qui joue le rôle clé, le complément de Valérian qui se comporte souvent comme un gros « bourrin ». Dans l’ambassadeur des ombres par exemple qui a été adapté au cinéma par Luc Besson, c’est elle qui va mener l’enquête intégralement pour retrouver Valérian. Dans cet esprit de féminisme, on notera le pays sans étoile où les hommes et les femmes se mènent une guerre ridicule qui va mener à la destruction de la planète sans l’intervention des deux agents. Les auteurs Christin et Mézières ont des idées proches du parti communiste, égalitaires, et prennent un malin plaisir à dénoncer le monde du travail, les inégalités, le capital. Dans bienvenue sur Alflolol, Valérian et Laureline doivent gérer le retour d’une race extra-terrestre partie en vacances pendant 4000 ans, et qui voit sa planète occupée par les terriens qui l’ont colonisée. Les terriens obsédés par la production, par la fabrication d’objets, n’arrivent pas à cohabiter avec ces « invités » qui ne pensent qu’à s’amuser et profiter de la vie. La dénonciation dès 1972 du monde du capital face à un mode de vie plus simple, est un des sujets que nous rencontrons actuellement de plus en plus avec des gens qui cherchent un sens à leur vie et qui quittent des emplois très bien payés pour retourner à la terre et vivre plus simplement.

Aux environs du tiers de la série, le scénario change complètement, l’incident de 1986 ne va pas avoir lieu et la puissante Galaxity qui représente l’humanité dans le futur, ne va donc pas exister, la terre va se développer moins rapidement devenir moins puissante, Valérian va surtout perdre son passé qui représente le futur qu’il a connu pour notre planète. Les deux agents vont mener d’autres aventures avec la problématique de l’argent, des mercenaires en quelque sorte. Pour ma part je préfère beaucoup plus la première partie que je trouve plus inspirée, plus poétique, que la seconde beaucoup plus sombre. La série Valérian est plus qu’une bande dessinée franco-belge, elle est un récit de sciences fictions à l’influence indéniable sur toute la culture du genre.