En informatique, les œufs dans le même panier ? La dépendance ? Le minimalisme

J’ai écrit dernièrement un article pour expliquer la situation des navigateurs internet sur PC et Mac en 2021. J’expliquais que la grande majorité des navigateurs étaient construits autour de Chromium si bien qu’il y avait techniquement peu de différences entre les différents navigateurs qui vont jusqu’à utiliser les mêmes extensions. J’ai été utilisateur du navigateur Opera pendant environ deux ans après avoir utilisé pendant plus de quinze ans le navigateur Firefox. Comme expliqué dans le billet cité plus haut, Firefox se démarque des autres navigateurs pour son aspect éthique mais aussi pour son « moteur » différent de Chromium. Malheureusement comme je l’ai précisé, la fabrication d’un navigateur coûte très cher, Mozilla a peu de moyens par rapport à des sociétés comme Google ou Microsoft si bien qu’en tant qu’utilisateur final j’ai commencé à ressentir des problèmes : rapidité d’affichage des pages, consommation de la RAM etc … Le navigateur Opera me convenait parfaitement, alors pourquoi un changement de navigateur et pour quel navigateur ?

Je suis utilisateur d’un PC sous Windows et d’un smartphone Android. Même si Opera appartient à une société norvégienne, située en Europe, je ne suis pas dupe, Opera est un navigateur gratuit qui vit de la publicité, Opera comme l’ensemble des logiciels non libres, non éthiques, m’espionne et récupère des données personnelles. Pourquoi alors installer un navigateur alternatif qui fera la même chose que le navigateur déjà présent sur mon ordinateur : Edge Chromium.

Voici mon raisonnement qui est parfaitement discutable mais qui a au moins le mérite de poser une stratégie :

  • Si je ne tiens pas compte des logiciels libres (éthiques) que je peux installer, l’ensemble des logiciels, services que j’utilise m’espionnent.
  • Mon système d’exploitation Windows 10 ou Android m’espionnent déjà et ce quels que soient les logiciels que j’utilise.
  • La multiplication des failles de sécurité, des attaques de pirates font que plus on utilise de services, de logiciels, plus le risque de fuite, de perte de données est important. Si on reprend l’analogie avec la voiture, plus vous roulez plus vous avez de chance d’avoir un accident, c’est mathématique.

En conclusion. Microsoft m’espionne au travers de son système d’exploitation, un peu plus un peu moins, il peut m’espionner par le biais de son navigateur. On notera que j’ai fait le choix de prendre Microsoft Edge car je passe davantage de temps derrière mon ordinateur pour réaliser mes recherches, j’inviterai certainement quelqu’un qui utilise davantage son smartphone à utiliser Google Chrome.

Bien évidemment le choix est discutable et ce pour au moins une bonne raison : je mets tous les œufs dans le même panier, si Microsoft change sa stratégie ce qu’il fait de façon régulière avec une tendance accentuée à transformer des logiciels payés une seule fois en services à paiements récurrents, si Microsoft se fait hacker, je prends un risque plus important que si j’utilisais différents logiciels. Il est certain que le proverbe ne pas mettre les œufs dans le même panier est plein de bon sens, mais s’applique-t-il réellement à l’informatique ?

Un jeune aujourd’hui est présent sur snap, twitter, instagram, whatsapp, encore un peu facebook, tiktok et certainement d’autres réseaux sociaux. Un raisonnement qu’on pourrait considérer comme absurde serait de le féliciter car il ne met pas les œufs dans le même panier, si demain tiktok disparaît il aura toujours la possibilité d’utiliser un autre réseau social. Et pourtant en informatique, les choses sont différentes. Il n’y a pas une semaine où l’on n’apprend pas une faille de sécurité, une fuite de données, une compromission d’un service ou même un scandale. Par conséquent, multiplier les services, multiplier les logiciels c’est multiplier les risques.

Je fais donc le choix de confier ma sécurité à moins d’acteurs, des acteurs que j’espère compétents dans le domaine de la sécurité et c’est plutôt le cas. Peu de faille du côté de Microsoft, peu de faille du côté de Google largement plus du côté de Facebook par exemple.

Le fait de limiter les acteurs va entraîner un autre problème, celui de la dépendance. C’est particulièrement palpable chez les utilisateurs d’Apple qui vont avoir tendance à utiliser l’intégralité de l’écosystème Apple : iPhone, iPad, iMac. La facilité instaurée par la communication entre les appareils, tous synchronisés par iCloud, une interface bien spécifique, fait qu’il est très difficile pour des utilisateurs qui sont de gros utilisateurs de passer à autre chose. Ils sont donc dépendants s’ils ne peuvent pas s’en passer. Ce problème de dépendance en informatique est largement exploité par les différentes sociétés en informatique. Pour Apple, le positionnement est clair, la dépendance a un prix, les produits Apple coûtent très cher, mais on peut dire que le contrat est clair, qu’il n’y a pas de surprise. Pour d’autres sociétés la stratégie est exactement la même que celle des dealers et je pèse mes mots. La première dose est gratuite, une fois qu’on y a goûté, difficile de s’en passer. Et c’est ainsi qu’on va retrouver des tas de services gratuits sur la toile, des services pratiques, efficaces, qui vont finir par rencontrer un certain succès. Lorsque le succès est au rendez-vous, que le service est devenu indispensable, il finit par devenir limité, une version premium puis un service totalement payant. On a vu par exemple que Google avait limité Google photo à 15 Go pour rendre le service payant alors qu’il était gratuit et illimité.

Le problème n’est finalement pas d’avoir les œufs dans le même panier, de n’être qu’utilisateur que des services Google, des services Apple, ou Microsoft, c’est d’avoir la capacité à changer de service si le besoin se fait sentir : changement de politique commerciale, manque de confiance suite à un problème, une faille de sécurité.

Si on part du postulat que la multiplication des services est une prise de risque pour la sécurité, que l’enfermement dans certains services peut entraîner des risques de dépendance, le bon sens c’est de réduire le nombre de services, de logiciels utilisés afin de limiter les risques et de pouvoir réagir rapidement s’il faut rebondir. C’est du minimalisme appliqué à l’informatique. Je donnais plus haut l’exemple de notre jeune présent sur des tas de réseaux sociaux, utilisant des tas de services différents. Il y a fort à parier, on l’espère en tout cas, que parmi les différents réseaux sociaux utilisés, un ressort du lot, est plus important que les autres. Le bon sens c’est de n’être présent que sur ce réseau afin d’éviter les problèmes potentiels qui pourraient survenir avec les autres mais aussi mieux s’engager plutôt que de se disperser sur de nombreuses plateformes.

Si bien sûr, le cas de la plateforme sociale n’a que peu d’importance pour un particulier, pas pour un professionnel qui aurait construit sa stratégie commerciale, dans d’autres cas c’est plus compliqué et c’est ainsi qu’on veillera à utiliser des formats ouverts. Vous avez certains logiciels qui vont enregistrer des sauvegardes dans un format qui n’est lisible que par ce logiciel. Par conséquent si ce logiciel disparaît, vous ne pouvez rien faire de votre sauvegarde qui ne sera pas lue par un autre logiciel. On parlera d’interopérabilité lorsque un format de fichier est lisible par d’autres logiciels. Dans le cadre la réalisation de mes cours, j’utilise la suite bureautique Libreoffice qui produit des fichiers au format odt, ce format est lisible par d’autres logiciels, si bien que si Libreoffice cesse son développement ou change sa politique je ne perds rien.

De façon synthétique on retiendra :

  • Multiplier les services, les logiciels c’est multiplier les risques. Faire preuve de minimalisme en informatique est une bonne solution.
  • On est enfermé dans un logiciel que parce qu’on en fait le choix : paresse de chercher ailleurs, mauvais choix de service qui n’est pas interopérable avec d’autres.

En informatique comme pour le reste, restez curieux, il est important de pouvoir réagir, rebondir et pour cela il est nécessaire de s’informer, y compris sur les logiciels ou les services que vous utilisez au quotidien.