Les limites de la dématérialisation illustrées par la fin du PS STORE de la PS3

Le 2 juillet 2021 il ne sera plus possible d’acheter des jeux PS3 mais aussi de télécharger des jeux qui ne sont pas présents sur la console. Concrètement alors qu’une personne a acheté un jeu, qu’elle a acheté un objet, elle ne peut plus en jouir. Si on devait transposer la situation de l’immatériel au matériel, pour que vous ne puissiez plus utiliser un objet il faudrait tout simplement qu’il ne fonctionne plus ou qu’on vous le vole.

Depuis des années, la dématérialisation avance à grands pas, musique, film, jeux vidéos comme c’est le cas ici, on nous vante les avantages comme le fait de disposer directement de votre jeu le temps d’attendre le téléchargement, la place économisée ou encore la possibilité d’accéder à vos contenus depuis n’importe quel appareil, smartphone, tablette ou ordinateur et ce depuis n’importe quel endroit pourvu que vous disposiez d’une connexion.

Il faut comprendre que si on vous pousse à la dématérialisation c’est pour vous faire oublier la notion de propriété. Car non seulement vous consommez des biens qui sont immatériels, un jeu par exemple, mais on glisse d’un achat à une location. Même si vous achetez encore des biens immatériels, vous payez de plus en plus pour des services : Netflix, Spotify, XboX Pass ou PS+, la liste est longue. Vous n’êtes alors plus propriétaire mais locataire. Quel intérêt pour les sociétés ?

  • Pendant des années Microsoft a vendu sa suite bureautique Microsoft Office sur CD. J’ai encore des collègues qui en 2021 utilisent Microsoft Office 2007 vieux de 14 ans tout simplement parce qu’il leur donne satisfaction. En passant d’un système de vente physique à un système de location, cette situation est impossible aujourd’hui où il faudra s’abonner à Office 365. Financièrement c’est tout bénéfice pour la société. Alors que l’objet CD de Microsoft Office 2007 a été payé une seule fois en 14 ans, pour continuer de pouvoir profiter du service Office 365 il est obligatoire de s’abonner tout comme vos jeux PS+ ne sont plus accessibles si vous ne payez pas l’abonnement.
  • Avec la disparition de l’objet physique c’est la disparition du marché d’occasion. Imposer la dématérialisation c’est couper la possibilité à un jeu d’avoir une seconde vie et échapper au contrôle financier de la marque. Si A achète un jeu et le vend à B qui le revendra à C, B et C ne donneront pas un centime à l’éditeur du jeu. Sans copie physique du jeu, A, B et C sont dans l’obligation d’acheter le jeu.
  • D’un point de vue sécurité il faut reconnaître que c’est positif. Si on reprend le cas de Microsoft Office 2007, le logiciel n’est plus mis à jour depuis de nombreuses années. Il représente donc potentiellement un danger pour la machine sur laquelle il est installé et donc pour son utilisateur. Dans l’utilisation d’un service, tous les utilisateurs ont la même version au même moment, une version unique et qui est à jour.

La dématérialisation c’est donc le risque de tout perdre, même si on ne va pas se mentir, dans le cas de la Playstation 3 nous évoquons une génération de l’avant dernière génération quand la PS4 est elle-même en fin de vie. Néanmoins et c’est avant tout une question de principe, on se dit que c’est à l’utilisateur de décider qu’il veut cesser d’utiliser un service et non le contraire. La perte de contrôle entraîne nécessairement une perte de confiance dans le système. La dernière génération de console montre qu’on doit avoir conscience du problème, la rétrocompatibilité théorique offerte par les consoles next gen permet d’éviter à chaque nouvelle génération de console de racheter les jeux de la précédente ce qui entraînait de plus en plus de défiance auprès des consommateurs.

La volonté de dématérialisation qui comme on l’a vu est une façon de tenir le consommateur enchainé est un gouffre énergétique colossal. Si dans le cas d’un jeu vidéo c’est moins transparent puisque vous achetez le jeu, vous le téléchargez vous y jouez vous le supprimer, dans le cas de la musique, du streaming de vidéo, à chaque fois que vous la visionnez vous utilisez de la bande passante et vous faites tourner un serveur distant autant de fois que vous voulez y accéder. Votre disque, ou votre blu-ray, même s’il a une emprunte carbone quant à sa fabrication, vous pouvez le mettre autant de fois que vous le voulez sa consommation électrique est faible.

Nous n’échapperons pas à la dématérialisation, mais il faut comprendre que ce n’est pas un système mis en place en faveur du consommateur ni réchauffement climatique notamment lorsque l’on sait qu’on va vers des qualités toujours plus importantes qui nécessitent des serveurs plus gros, davantage de bande passante et toujours plus d’électricité.

Edit du 21/04/21 : Sony « rétropédale » et laisse le store ouvert pour la PS3 et la PS Vita, l’article dans le fond reste vrai.