Poisson d’avril, réflexion, origines

Les poissons d’avril, c’est le mal.

Je n’ai jamais été fan des poissons d’avril, du plus insignifiant poisson que m’ont collé mes élèves de seconde aujourd’hui (rires dans la salle …) aux blagues de plus en plus sophistiquées qu’on peut voir fleurir sur internet. Je peux d’ailleurs vous donner un exemple très concret pour vous dire à quel point ça m’agace.

Une collègue me dit qu’il y avait une énorme tâche sur le TBI, je vais donc vérifier. Les enfants ont collé sur le miroir du vidéoprojecteur un poisson. L’intention, à savoir une ombre de poisson sur le tableau n’a pas donné l’effet voulu. Ma collègue était persuadée que le tableau avait un problème, j’ai perdu du temps pour aller décrocher le poisson.

Je crois qu’à la base, je suis contre les blagues, elles sont souvent stériles et pas drôles. Certainement encore plus quand on court de partout avec une annonce de confinement pour quatre semaines. C’est ici qu’on comprend que tout n’est finalement qu’une question d’humeur, de moment. J’aurais peut-être trouvé cela sympathique si je n’avais pas d’autres préoccupations.

Le poisson d’avril, un élément de communication.

Le souci, notre monde d’images, le poisson d’avril sur le net est devenu bien plus qu’une simple plaisanterie. Il est devenu une institution de façon à montrer son talent, son imagination dans la drôlerie. Le poisson d’avril devient alors un outil de communication. Cette année, on a pu voir :

La liste est très longue et toute aussi dispensable. Quel est alors le problème avec ce premier avril ? Très simple, il s’agit de fausses informations donc de fake news. Bien sûr, on peut expliquer que c’est tellement gros que ce ne sont pas réellement des fake news. Pourtant, c’est bien la définition et chaque année des personnes croient dans des poissons qui parfois pourraient être vrai. N’est en effet pas drôle qui veut

Enfin des réactions des géants du web.

Certaines sociétés comme Google ou Microsoft se sont positionnées. Les sociétés n’évoquent pas la notion de fake news. Les sociétés expliquent que face à la gravité sanitaire, il vaut mieux certainement mettre les blagues de côté par respect pour les soignants, les familles qui souffrent. En ne participant pas à cette tradition, ces sociétés prennent peu de risque, au contraire.

Les blagues ratées font tache, c’est une prise de risque importante et qui dans ces temps de « cancel culture », il vaut mieux ne rien faire que de se créer des problèmes. En plus, le gain est minime. Ces sociétés qui se veulent professionnelles renforcent leur image sérieuse en ne participant pas à la farce et gagnent certainement en crédibilité.

Les origines du poisson d’avril

D’un point de vue historique, il faut se rappeler ceci. Jusqu’en 1564 l’année commençait au 25 mars et pas le 1er janvier, c’est l’édit du Roussillon (bienvenue chez nous) qui est à l’origine de cette bascule. Or, il était coutume de s’offrir des cadeaux jusqu’au 1er avril. Avec le changement de calendrier pour passer au 1er janvier, certains ont continué de s’offrir des cadeaux. Mais comme cette tradition ne correspondait plus au bon moment de l’année, on suppose que les gens ont commencé à donner de faux cadeaux, farfelus ou drôles ce qui serait à l’origine des fameuses blagues.

Au niveau du poisson plusieurs pistes envisagées. La fin du carême donc pas de viande et le poisson privilégié. De la même manière à l’époque, afin de renouveler les espèces, la pêche était interdite si bien qu’on offrait de faux poissons aux pêcheurs. On notera enfin qu’il s’agit d’une « invention » française qui s’est propagée à travers le monde.

Au point de paraître austère, je pense que dans ces temps où il est devenu particulièrement complexe de s’informer, que toute information mérite d’être vérifiée, avec l’arrivée du deepfake, une journée consacrée à la désinformation n’a plus sa place encore plus dans une situation où les gens ont besoin d’informations fiables, de clarté, de certitudes. L’intervention du président a été suivie hier par plus de 30 millions de français, on comprend alors que l’heure est à la gravité, à la volonté de savoir. Si bien sûr on n’a pas vu de poissons en lien avec la crise sanitaire, en tout cas dans les gros sites internet, les informations supplémentaires qui parasitent des cerveaux déjà trop encombrés sont superflues en 2021.

Si la tradition doit perdurer, c’est le retour à son origine tels que les gens de ma génération l’ont connue, un simple poisson en papier collé dans le dos des profs très loin des fake news pour se faire voir. Voyez ma dévotion et celles de mes collègues, accepter d’être la cible des colleurs de poisson pour préserver la sérénité du net.