Restez curieux, restez prudent : décryptez vos lectures sur internet

Avant de commencer, je me dois d’expliquer un peu comment fonctionne globalement le financement de la presse en ligne :

  • Le système de paywall. Vous pouvez lire certains articles, une partie des articles, mais si vous voulez réellement accéder aux contenus, il est nécessaire de payer une formule d’abonnement. L’idée de vous en « donner un peu », c’est tout simplement de vous donner envie d’aller plus loin, de montrer la qualité et de vous inciter à payer. La majorité des sites de ce type proposent des contenus de qualité, il s’agit souvent de journaux existants physiquement en papier avec de véritables journalistes qui adoptent ce moyen de financement.
  • Des journaux reposant sur les dons. Il s’agit principalement de journaux indépendants qui veulent rester indépendants, des journaux souvent à la pensée alternative.
  • Des sites reposant sur la publicité et c’est cette catégorie qui m’intéresse ici.

Quoi que vous lisiez, vous devez vous poser les questions suivantes : qui écrit ? Pourquoi il écrit ? Qu’est-ce que ça rapporte ? Charité bien ordonnée commençant par soi-même. Nous sommes enseignants, notre métier est d’éveiller les consciences, nous sommes payés par l’état, il n’y a pas de publicité si bien que nous nous inscrivons dans une démarche de partage de connaissance et d’éveil (ouf on est des gentils !). Quand un site internet vit uniquement de la publicité, on peut alors s’interroger sur quelques mécanismes et sur certaines publications. Voici quelques exemples :

Il s’agit d’un article que j’ai récupéré sur un site informatique. Si c’est un site informatique, on peut accorder du crédit à ce qui est écrit puisque sur le principe c’est le métier du site, donner du contenu informatique. On notera qu’il s’agit d’une « publication partenaire », ce qui signifie que ce n’est pas le site qui écrit, c’est le vendeur du forfait téléphonique qui a payé pour apparaître sur le site. Il s’agit concrètement d’une publicité déguisée en article. On notera les codes de l’urgence pour vous inciter à prendre le forfait téléphonique, « c’est votre dernière chance », comprenez qu’il faut vous dépêcher sinon vous n’en aurait plus. Si la pratique est discutable, elle est parfaitement légale, le fait qu’il s’agit d’une publication partenaire est bien précisé. La loi s’adaptant aux nouvelles technologies est devenue très claire sur le sujet, le flou pendant quelques années a permis du placement produit dans les chaînes Youtube sans préciser qu’il s’agissait d’un partenariat entre une marque et un Youtubeur ce qui laisse une grosse ambiguïté quant au libre arbitre du vidéaste. Pour notre forfait téléphonique, même si on serait tenté de croire que c’est le meilleur au monde parce que c’est une parution sur un site informatique, rien n’est sûr, puisque c’est une simple publicité.

Dans les deux premiers exemples ci-dessus, on notera qu’on essaie de noyer un prix cher dans des éléments de communication. Alors qu’il s’agit tout de même d’un prix de 629 €, on vous dit que c’est du jamais vu, si bien qu’on joue encore sur le processus de l’urgence chez le consommateur, c’est du jamais vu, c’est donc une opportunité à ne pas manquer, il faut l’acheter. Pour le SSD qui ne coûte que 89 €, on se situe dans une démarche similaire, on arrive à vous convaincre que ce n’est pas cher, vous pouvez donc vous le payer. Dans le dernier exemple, on ne donne plus le prix mais la réduction. Le véritable prix est de 119 € si on lit l’article. D’un point de vue psychologique on aura tendance à penser que le prix est de 80 €. C’est une pratique qui est réalisée de plus en plus et même parfois sur les sites de vente où on vous affiche le prix d’une mensualité du trois fois sans frais et en petit le prix total. Le cerveau fera surtout attention au prix en gros écrit en jaune et rouge.

Nous ne sommes pas ici dans le cadre d’une publication partenaire mais dans dans celui du pourcentage de vente sur le produit. Dans la description de chaque produit affiché, vous avez un lien vers un site marchand, si vous finalisez une vente sur ce site en provenance du lien de l’article alors une commission sera reversée au site qui a fait la promotion du produit. Nous sommes donc encore dans le cadre d’une publicité.

Il ne s’agit pas ici de condamner la pratique pour la simple et bonne raison que ces sites sont gratuits pour le lecteur mais qu’ils ont des frais de fonctionnement : ordinateurs, hébergement du site, journalistes et de nombreuses charges à payer chaque mois. Ce modèle économique nous permet de continuer à accéder à l’actualité sans avoir à débourser un centime. Il est nécessaire toutefois d’avoir une lecture attentive et s’interroger sur le pourquoi d’une publication.

En ce moment je suis intrigué par le martelage réalisé autour de la série Disney+ Wanda Vision.

Alors qu’il s’agit de sites informatiques, qui traitent rarement de séries télévisées, la hype autour de WandaVision m’étonne. Si dans le cas d’une série comme The Mandalorian, une série basée sur Star Wars on peut comprendre l’événement notamment pour des sites internet suivis par des Geek, ici on peine à savoir pourquoi cette série est mise en avant. Et pourtant, malgré la multiplication des articles sur des sites d’informatique, aucune mention n’est faite de partenariat ou d’une campagne réalisée par Disney pour promouvoir sa série.

Il faut donc rester curieux quant à ce qu’on nous explique, s’interroger sur le qui et le pourquoi on nous l’explique. Rester prudent quant à l’attente de la personne qui est en face, ici il s’agit manifestement de nous faire consommer des produits. Enfin rester maître de soi et éviter les achats ou les tendances compulsifs, ce n’est pas parce que les articles sur WandaVision se multiplient que je suis dans l’obligation de regarder la série ou d’acheter des lampes connectées à 119 € parce qu’elles sont 60 € moins cher 🙂